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Jimin hangi

N" 22-32 26925

PRÉFACE.

LE drame que nous offrons aujourd'hui au public, est tiré du répertoire du théâtre chinois, * intitulé Youen-jin-pe-tchong, c'est-à-dire, “ Les cent pièces composées sous les Youen,” ou princes de la famille de Tchingkiskhan, qui ont régné sur la Chine depuis 1259 jusqu'en 1368.

On connaissait déjà en Europe trois pièces du même recueil : L'Orphelin de la famille Tchao, mis en français par le P. Prémare, missionnaire à Péking ; Le Vieillard qui obtient un fils, et Les chagrins du palais de Han, par M. Davis, attaché à la factorerie de Canton.

Toutes les pièces de la collection des Youen se composent de deux parties bien distinctes, d'un dialogue en prose et de vers irréguliers, qui ressemblent beaucoup aux ariettes de nos opéras. Ces morceaux lyriques, que l'auteur réserve pour les endroits les plus pathétiques et les plus passionnés, sont écrits souvent dans un style poétique très élevé, qui est à peine connu en Europe. On

* Cette pièce est la 64e. de la collection.

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doit donc regretter que le P. Premare et M. Davis* n'aient pas jugé à propos de nous donner une traduction complète de ces passages en vers, qui occupent ordinairement la moitié et quelquefois même les trois quarts de chaque pièce.

Monsieur Davist motive ainsi cette omission : “ Plusieurs passages ont été incorporés dans notre version, mais le traducteur ne les a pas donnés

la même raison qui a empêché le P. Prémare d'en donner aucun. Ces chants sont diffi

tous, par

* On n'accusera point ces deux savants d'avoir passé ce qu'ils n'entendaient pas. Ils ont fait leurs preuves. Monsieur Davis a traduit littéralement tous les vers du roman Hao-khieou-tehhouen. (Voy. sa préface, p. xxii.) Le P. Prémare a composé, sous le titre de Notitia linguæ sinicæ, un vaste répertoire grammatical, qui, au jugement de son biographe, contient " plus de, douze mille phrases bien traduites, et près de cinquante mille caracteres chinois.”

Cette grammaire a été imprimée à Malacca, sur la copie qu'en avait faite en 1825, la personne qui écrit ces lignes. En la transcrivant on a fait disparaître un grand nombre de fautes de latin et de chinois qui existent dans le manuscrit que possède la Bibliothèque royale de Paris. Ces fautes doivent être attribuées aux deux copistes dont s'était servi l'auteur. Mais pour les corriger toutes, il eût fallu joindre à l'ouvrage un travail critique qui n'entrait pas dans le but de l'éditeur. Le P. Prémare annonce (p. 262) qu'il a été forcé de laisser sa grammaire incomplète, faute d'avoir le second volume de l'ouvrage intitulé Kou-hio-keou-hiouen. Nous tâcherons de remplir cette lacune, si nous pouvons nous procurer le cahier qui contient les phrases de cinq caractères et au dessus. Ce serait peut-être une occasion favorable pour publier, à la suite de ce supplément, les emendationes que semble réclamer l'état actuel de l'édition, et un index universel des mots et des phrases.

+ Préface de Han-kong-thsieou, pag. 3.

I Dans ce passage, les mots ces chants, jusqu'à apercevoir, appartien, nent à la préface de L'Orphelin de la famille Tchao. Voyez Duhalde, tom. iii. p. 421.

ciles à entendre, surtout pour les Européens, parce qu'ils sont remplis d'allusions à des choses qui nous sont inconnues, et de figures de langage dont nous avons de la peine à nous apercevoir. Ordinairement ce ne sont que des répétitions et des amplifications des parties en prose, qui, étant plutôt destinées à flatter l'oreille

que
les

yeux, paraissent mieux convenir à la scène qu'à la lecture du cabinet.”

Il ne m'appartient pas de me prononcer sur ce jugement de monsieur Davis, qui réside en Chine depuis vingt ans, et qui connaît sans doute à fond tout le théâtre chinois, Je dirai seulement

que

dans vingt autres drames, comédies et opéras, que j'ai lus * jusqu'ici, les vers chantés m'ont paru jouer absolument le même rôle que dans L'Histoire du cercle de craie. Nous laisserons donc au public instruit le soin de décider si les passages lyriques, qui font souvent partie du dialogue,t pouvaient être omis comme redondants, et si le lecteur eût été à portée de remplir, d'après ce qui précéde, les lacunes qu'aurait laissées leur retranchement. En nous efforçant de traduire en entier tous les vers de L'Histoire du cercle de craie, nous n'avons fait

* Les pièces 3, 7, 8, 13, 19, 22, 25, 32, 53, 61, 73, 75, 76, 80, 85, 86, 89, 91, 94, 100. Nous nous proposons de publier bientôt quatre de ces pièces que nous venons de traduire : L'Avare (91), Pheng-iu-lan (100), Le Ressentiment de Teou-ngo (86), et La Chemise confrontée (8).

+ Voy. pag. 15, 16, 17, 18, 28, 29, 30, 31, 46, 47, 48, 49, 62, 63, 64, 81, 82, 83, 84, 85.

que suivre le conseil que donne monsieur A. Remusat, dans le Journal des Savants, en rendant compte de la dernière pièce traduite par M. Davis. « On ne connaîtra véritablement le théâtre chinois que quand un littérateur,* profondément versé dans l'intelligence de la langue, s'attachera à traduire en totalité plusieurs drames chinois, pris parmi les plus estimés, sans aucune suppression, et en ajoutant, s'il le faut, un commentaire aux parties qui ne sauraient être complètement entendues sans ce secours.”

Nous nous proposons de publier un choix de pièces de théâtre, prises parmi celles que nous avons lues, ou qui nous restent encore à lire dans la même collection. Mais nous attendrons pour continuer que des juges compétents se soient prononcés sur le système de traduction que nous avons suivi. S'ils s'accordent à regarder comme superflus les passages lyriques, notre tâche se trouvera abrégée de plus de moitié.

Les difficultés que signale Prémare et que reconnaît monsieur Davis, viennent, tantôt de figures de langage empruntées aux trois règnes, ou de comparaisons dont on ne peut saisir les rapports qu'à l'aide d'une foule d'idées intermédiaires, et de connaissances spéciales, qui s'acquièrent moins dans les livres que dans le commerce et la société des lettrés; tantôt elles naissent d'allusions aux

* Quod præfiscine dicatur.

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