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Il résulte des exemples qui précédent, exemples que l'examen d'un Dictionnaire chinois tonique fournirait d'un bout à l'autre, que les signes de l'écriture idéographique, loin de représenter, tous, des mots ou des racines chinoises, ne sont souvent que la notation graphique d'une nuance particulière attachée dans certaines circonstances à un mot chinois. En d'autres termes, on peut établir que l'écriture idéographique a été l'objet de développements considérables, alors que le matériel des mots de la langue orale restait peu considérable, et même se réduisait à cinq ou six cents monosyllabes différents, si l'on ne tient pas compte de l'accentuation tonique et musicale qui, même avec ses modifications les plus délicates et les moins sensibles, ne fournit tout au plus qu'un matériel de trois à quatre mille mots phonétiquement distincts.

Il devient ici nécessaire d'étudier la question des origines de l'écriture chinoise, et de discuter dans quelle mesure les données des indigènes à ce sujet peuvent être acceptées par la science philologique. Les Sinologues se sont surtout occupés jusqu'à présent de traduire des textes : ils se sont peu préoccupés de les critiquer. Nul ne saurait leur faire un reproche d'avoir procédé de la sorte; est tout naturel de collectionner d'abord les faits dans leur ensemble, sauf à les soumettre en suite à une discussion analytique de détail. Plusieurs savants ont donc demandé aux Chinois ce qu'ils pensaient de l'origine et des développements successifs de leurs caractères, et ils ont placé au point de départ, les légendes de Fuh-hi, cherchant sur la voûte céleste les éléments de l'écriture, et de Tsang-hieh, imaginant ces éléments à l'instar des traces laissées par les animaux en courant sur le sable. Avec de tels contes, on arrive à nous exposer le système adopté aux temps préhistoriques pour conserver par des images le souvenir des objets matériels qui frappaient la vue de l'homme; puis, on nous rapporte, que pour exprimer les idées abstraites on avait eu recours soit à des signes à formes opposées, soit à des caractères dans lesquels plusieurs images réunies servaient à indiquer une idée dérivée. Enfin on nous montre l'écriture arrivée sous le nom de tchouen-chou à une perfection qu'elle n'a guère dépassé depuis lors. Il s'agit ici d'une époque contemporaire ou antérieure à Confucius. Je laisse pour l'instant de coté la question de date précise.

Si maintenant, partant des données des auteurs chinois, données que je viens de rapporter ici de la façon la plus succincte, nous cherchons les monuments qui permettent d'établir l'exactitude de leurs doctrines au sujet des âges primitifs de l'écriture dite idéographique, nous nous trouvons dès l'abord en présence de difficultés et de contradictions inattendues. Pour ne pas abuser de vos précieux instants, je me bornerai à citer quelques unes de mes observations à cet égard.

L'écriture attribuée à Fouh-hi et à laquelle on a donné le nom de Koua, appartient à un système qui n'a rien à faire avec celui de l'écriture chinoise proprement dite. Il faut donc demander ailleurs des spécimens des époques primitives de cette écriture. D'après les indications des auteurs indigènes, les caractères figuratifs formés à l'aide d'images plus ou moins exactes des objets que l'on voulait indiquer, et donc les orientalistes ont publié de nombreux spécimens, seraient les signes caractéristiques de la plus ancienne écriture -chinoise. Mais où trouver des textes écrits avec ces images ? Les recueils d'inscriptions antiques publiés avec tant de zèle et d'exactitude par les archéologues du Céleste-Empire, du moins ceux que j'ai pu examiner minutieusement, —et ils sont en assez grand nombre, -n'en renferment point un seul. Je dirai plus ; c'est à peine si, de loin en loin, dans les inscriptions authentiques des âges les plus reculés, on peut découvrir un signe qui puisse rentrer dans la catégorie des signes images attribués à l'antiquité chinoise. Toutes ces vieilles inscriptions, au contraire, sont composées dans des caractères purement conventionnels et qui ne ressemblent en rien, par exemple, aux signes didactiques des Mexicains d'avant la conquête. La célèbre inscription érigée sur la mont Heng-chan, par ordre de Yu-le-Grand, en commémoration de l'écoulement des eaux diluviennes, a été l'objet de mémoires importants par lesquels Klaproth, Hager, Pauthier, et d'autres, ont établi sa haute et incontestable antiquité. Eh bien ! cette inscription, comme celles que nous possédons de la dynastie des Chang, est composée de signes dans lesquels l'élément figuratif n'a plus laissé que des traces le plus souvent effacées et qui n'ont en tout cas aucune ressemblance avec les images grossières publiées dans les Mémoires concernant les Chinois, dans la Lettre de Péking, dans le Dictionnaire de Morrison, et ailleurs.

Jusqu'à preuve du contraire, je ne crois pas, -et je suis à cet égard en opposition avec l'opinion généralement accréditée, - à l'existence de textes écrits en caractères absolument figuratifs ou Siang-hing.

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A la place d'une hypothèse gratuite que l'étude des monuments n'a pas permis de constater, quel système d'écriture trouvons nous en usage dans les inscriptions chinoises des âges les plus reculés ! Ma réponse, encore une fois ne s'accordera guère avec les idées généralement acceptées sur la question. Nous trouvons des textes où l'élément phonétique, au lieu d'être un annexe, un complément de l'élément idéographique ou figuratif, est au contraire l'élément essentiel. A ce point que pour un signe aujourd'hui tracé à l'aide d'une clef le rattachant le plus souvent à un certain ordre d'idées déterminé, et d'une phonétique dans laquelle il ne faut voir que le son et oublier l'image, la clef a disparu, laissant à la seule marque du son le soin de rappeler à la pensée le mot de la langue parlée qu'on a voulu noter par écrit. Les textes qui fournissent de nombreux spécimens de cette manière d'écrire, ne remontent évidemment pas aux époques tout à fait primordiales de l'invention de l'écriture, mais elles datent de la première période durant laquelle les Chinois ont commencé à faire de l'écriture un usage général et en quelque sorte populaire.

Puis en descendant le cours des temps, on arrive, en se rapprochant de plus et plus du commencement de notre ère, à trouver des textes chinois savamment composés à l'aide des signes des six classes, louchou, que nous font connaître les auteurs indigènes, et qui deviennent, après des modifications relativement peu considérables, les signes de l'écriture aujourd'hui généralement adoptée dans l'Empire du Milieu.

La notation du son était donc la notation essentielle, dans les textes chinois des siècles les plus reculés parmi ceux qui nous sont connus.

Une autre étude que j'ai entreprise dans le but de poursuivre mes investigations relatives à la langue et à l'écriture de l'antiquité chinoise, - l'étude du mode de notation graphique du Chou-king et surtout du Chi-king,—est venue me confirmer dans cette idée, dont les Sinologues comprendront toutes les conséquences, non seulement au point de vue de la philologie comparée, mais même pour l'interprétation et la critique des textes antérieurs au siècle de Confucius. Aujourd'hui que nous possédons, grâce au zèle laborieux et à la profonde érudition de M. James Legge, une savante et magnifique édition des Livres Sacré des Vers, il est facile de constater dans les antiques poësies l'emploi fréquent de signes homophones les uns à la place des autres.

Ce fait une fois admis,—et je ne le crois pas contestable,-il s'agirait de composer le Dictionnaire phonétique des mots du Chi-king et de quelques parties du Chou-king. A l'aide de ce Dictionnaire, dans lequel on ne devrait tenir compte que dans certains cas spéciaux et avec la plus grande prudence de la notation figurative, on obtiendrait de précieux éléments pour la reconstitution de la langue vulgaire des anciens Chinois. Et ces éléments serviraient, ainsi que j'en ai déjà aequis la conviction, à élucider le sens de bien des mots des Livres Canoniques que les lettrés chinois ne comprennent plus eux-mêmes, et sur lesquels ils ont composés des commentaires aussi longs qu'obscurs et inadmissibles.

Je regrette que le temps ne me permette pas de développer les aperçus qui précédent comme le comportent des questions aussi graves de linguistique et de philologie. Pour répondre au désir qui m'a été exprimé par plusieurs des savants membres de ce Congrès, j'ai dû formuler brièvement quelques uns des résultats des études auxquelles je me livre depuis près de vingt années. Je suis tout disposé à fournir à l'assemblée les explications subsidiaires qu'elle pourrait désirer sur les idées que je viens de soumettre à sa haute appréciation.

RESULTS OF

AN EXAMINATION OF CHINESE BUDDHIST BOOKS

IN THE

LIBRARY OF THE INDIA OFFICE.

BY THE REV. SAMUEL BEAL, B.A.

I must apologize for taking up your valuable time this evening; and I assure you I shall be as brief as I possibly can be in submitting what I have to

say
to your

notice. Having been appointed in September, 1872, to examine and report upon the Buddhist portion of the Chinese Books in the Library of the India Office, I beg now to communicate some of the results of this work.

I find that altogether there are 72 distinct Buddhist compilations in 112 volumes among the Chinese Books in the Library. Of these 47 are translations from the Sanscrit. It is to these my attention has been directed.

1. There are two copies of a work styled the Mo-ho-pan-nyi-panking i.e. the Mahaparinibbana Sutta). I was anxious to determine whether this work resembled the Sûtra known by the same name in the Southern School (Ceylon, Burmah, etc.), and, if not, to investigate so far as possible the degree and character of the divergence.

Mr. Turnour had, fortunately, published a brief outline of the Mahaparinibbana Sutta from the Pali, in the Asiatic Society's Journal of Bengal.

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