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hindous, ce livre saint comprend en tout cent mille stances qui formeraient bien trois cents chapitres en langue des Souei.

#(Mahāprajñā), Ta-tsi ★

Jinagupta 1) avait rapporté que, à plus de dix mille li au Sud-Est de Yu-t'ien (Khoten) 2) se trouvait le royaume de Tchōkeou-kia. Le roi de ce pays était sincèrement croyant et honorait le Grand Véhicule. Dans son palais, il avait en sa propre possession les trois ouvrages appelés Mo-ho-pan-jo (Mahāsannipāta) et Houa-yen (Avatamsaka); le roi en a personnellement la garde et conserve lui-même la clef du cadenas; quand vient le moment de les lire, alors il ouvre (l'armoire où ils sont enfermés) et fait une offrande de parfums et de fleurs; parfois il attire là avec des gâteaux et des fruits les jeunes princes et leur fait accomplir des adorations. A plus de vingt li au Sud-Est de ce royaume, il y a une montagne fort abrupte dans laquelle se trouve une caverne profonde et pure; on y a placé douze ouvrages, à savoir: le Ta-tsi (Mahāsannipata), le Houa-yen (Avatamsaka), le Fang(Ratnakūṭa; B. N., no 51),

teng (Vaipulya), le Pao-tsi

1) La digression qui va suivre est amenée par la mention du Ta tsi king; elle est mieux à sa place dans le Li tai san pao ki (Trip., XXXV, 6, p. 81 r°) qui, consacrant une notice à la publication de Seng-tsieou, commence par rapporter le témoignage de Jinagupta au sujet de l'exemplaire du Ta tsi king conservé dans le royaume de Tchökeou-kia, puis indique les divers travaux dont le texte du Ta tsi king a été l'objet en Chine, depuis Dharmarakṣa au commencement du Ve siècle jusqu'à Hong-k'ing, peu avant l'année 597. L'auteur du Siu kao seng tchouan a interverti l'ordre de ces deux parties de la notice. Quoi qu'il en soit, ce qu'il importe de remarquer, c'est que l'auteur du Li tai san pao ki était un contemporain et un collaborateur de Jinagupta et que c'est de sa propre bouche qu'il a entendu les récits relatifs au royaume de Tchö-keou-kia; les récits recueillis par Jinagupta à l'époque où il passa par ce pays de Tchö-keou-kia vers l'année 556, se retrouvent dans la Vie de Hiuan-tsang (trad. Julien, p. 277–278) et dans le Si yu ki (trad. Julien, t. II, p. 222); nous avons indiqué plus haut (p. 334, lignes 22-28) quelle était l'explication qui nous paraissait la plus plausible de cette coïncidence.

2) Il y a ici une inexactitude manifeste; nous savons par Hiuan-tsang que royaume de Tchö-keou-kia (vraisemblablement Karghalik) était à 800 li à l'Ouest de Khoten. Cf. BEFEO, t. III, 1903, p. 397, n. 4; Documents sur les Tou-kiue occidentaux, p. 123, n. 4 et p. 311.

le Leng-k'ia

(Lankavatara; B. N., n° 175), le Fang-kouang

de Houa-tsiu

方廣,les deux dharanis de Cho-li-fou舍利弗(Cariputra) et (Puspakuṭa; B. N., n° 339), le Tou-sa-lo-ts'ang (?), le Mo-ho-pan-jo (Mahaprajñāpāra(aṣṭasă

mitā sūtra; B. N., n° 1), le Pu-pou-pan-jo

hasrikā-prajñāpāramita; B. N., no 1[e]) et le Ta-yun king ★ (Mahāmegha sūtra; B. N., no 187); le tout formait cent mille gathas. Une loi du royaume voulait que de génération en génération on se transmît la tâche de garder et de protéger (ces ouvrages). En outre il y avait trois arhats qui étaient entrés dans le nirvana et qui au milieu de cette grotte restaient calmes en contemplation; chaque fois qu'arrivait le milieu du mois, tous les religieux se rendaient à cette montagne pour leur purifier la chevelure. Ces (arhats) étaient ce qui maintenait fermes les hommes et la Loi, çe sur quoi tous les êtres prenaient leur appui.

Jinagupta avait des dispositions religieuses très sincères; sa volonté sainte était résolue et droite: il aimait la vertu sans se lasser; il recherchait la Loi sans relâche. Il était fort instruit dans le Tripitaka et avait approfondi la vraie doctrine primitive: il avait étudié complètement les cinq Vidyas et en même temps il était exercé aux sciences laïques. Sa conduite régulière réalisait le charme de (l'observation des défenses acceptées sur) l'aire de la religion; sa fermeté universelle avait pénétré le sens des invocations magiques. Par les trois vêtement et le repas unique, jusqu'à la fin il fortifia sa sincérité. Sa bonté sauvait (les êtres) et les attirait en foule, mais sans que cela dépendît d'exhortations ou de prières (qu'on lui aurait adressées). Il récitait avec diligence les livres bouddhiques, et, à mesure qu'il vieillissait, se livrait toujours davantage et avec plus d'assiduité (à cette pratique). Il avait une connaissance solide des (doctrines professées par) l'antiquité et à la longue en atteignait toujours mieux (le sens). Les hommes supérieurs

et le vulgaire le vénéraient; religieux et laïques le respectaient. Le roi de Teng 1), (membre de la famille impériale) des Sonei , l'admirait comme un modèle des défenses et le nomma son précepteur. C'est pour cette raison que (Jinagupta) fut impliqué dans les souillures du monde et fut exilé dans le Yue oriental

; puis, dans la région de Ngeou-Min), sa renommée religieuse remplit les routes; il venait en aide à la fois aux corps et aux âmes et faisait le plus grand bien tout autour de lui.

En la vingtième année k'ai-houang (600) 3), il se conforma à la mortalité de tous les êtres; il était alors âgé de soixante-dix-huit ans. Depuis le moment où, venant des pays lointains de l'Ouest, il

1) Le titre de roi de Teng avait été d'abord porté par Tsan, frère cadet de l'empereur Kao-tsou; Tsan mourut en 591 et eut pour successeur son fils Louen; c'est ce dernier qui fut lié d'amitié avec Jinagupta; nous lisons en effet dans sa biographie (Souci chou, chap. XLIV, p. 1 vo) qu'il avait de fréquents rapports avec le devin Wang Tch'en

王琛 et avec les çramauas Houei-ngen 惠恩 et Kiue-to 崛多(Jinagupta); il

chargeait constamment ces trois hommes de faire pour lui des observations astrologiques. Le goût qu'il avait pour l'astrologie causa sa perte; peu après l'avénement de l'empereur Yang, il fut accusé de chercher à employer des moyens magiques pour nuire au souverain, et, le dixième mois de la première année ta-ye (605), il fut banni à Che-ngan (auj., ville préfectorale de Kouei-lin, prov. de Kouang-si).

2) Le Yue oriental, ou Min-Yue, était le royaume qui, à la fin du deuxième siècle avant notre ère, occupait la province actuelle de Fou-kien. Quand à l'expression Ngeou-Min, elle doit désigner la province actuelle de Tchö-kiang, car la ville de Tong Ngeou , ancienne capitale du royaume de Yue-Tong-hai à l'époque des premiers Han, correspond à la ville moderne de Wen-tcheou fou, dans le Tchö-kiang. Il résulte du texte du Siu kao seng tchouan que Jinagupta fut banni sous l'inculpation d'avoir été en relations avec le roi de Teng; mais, tandisque ce dernier était exilé dans le Kouang-si (voyez la note précédente), Jinagùpta était envoyé dans le Tchö-kiang et le Fou-kien.

3) Cette date est certainement fautive et Jinagupta n'est pas mort en l'an 600. En effet: 1° Jinagupta fut impliqué dans les accusations portées contre le roi de T'eng en 605; 2o le Saddharmapuṇḍarika sūtra a été retraduit et complété en 601 par Jinagupta et Dharmagupta, comme nous l'apprend l'intéressante préface analysée par Bunyiu Nanjio (Catalogue, n° 139). Pour déterminer la date exacte de la mort de Jinagupta, on peut recourir au raisonnement suivant; Jinagupta partit du Kapiça à l'âge de 27 ans, il fut 3 ans en voyage; il avait donc 30 ans quant il arriva à Si-ning en 557; comme, d'autre part, il mourut à l'âge de 78 ans, la date de sa mort doit être l'année 605. Nous admettrons donc que Jinagupta a vécu de 528 à 605.

était arrivé dans la Chine à l'Est, il avait successivement traduit un total de trente-sept ouvrages en cent soixante-seize chapitres; ce sout les livres tels que le Fo pen hing tsi (Buddhačaritra; B. N., no 680), le Fa kiu✯ (B. N., n° 422), le Wei to (B. N., n° 423), le Hou nien (B. N., n° 23 (18) et le Hien hou(B. N. n° 23 (39) ou n° 75). Tous ces ouvrages sont très complets et bien façonnés; la doctrine y est parfaitement comprise; le style en est clair et le sens nettement arrêté; ils sont tous répandus dans le monde. Voyez le San pao loude Fei Tei'ang-fang 費長房').

(Ajoutons que,) auparavant, l'empereur Kao-tsou, de la dynastie Souci, avait rendu un décret ordonnant à Jinagupta de s'associer avec le çramana des pays d'Occident Jo-na-kie-to (Jñanagata?), le k'ai fou Kao Kong, le tou-tou Kong Si 恭息都督,(Kao) Tien-nou 天奴,(Kao) Ho-jen E, et le brahmane (Hindou) P'i-cho-ta të, pour traduire, dans le département intérieur nei-che

d'anciens livres hindous et des textes astronomiques. La traduction de ces ouvrages fut terminée la douzième année k'ai-houang (592); elle formait plus de deux cents chapitres. On en informa l'empereur qui l'admit dans le palais. Voyez le Tcheng kouan nei tien lou de l'époque des T'ang AA).

1) Nous avons déjà souvent cité dans nos notes le K'ai-houang san pao lou ou Li tai an pao ki qui fut terminé en 597 par Fei Tch'ang-fang. Cet ouvrage (Trip. XXXV, 6, p. 81 r°—v°) donne la liste de 31 ouvrages traduits par Jinagupta de 486 à 495 et indique la date exacte à laquelle chacune de ces traductions fut publiée. Le Ta Tang nei tien lou (Trip; XXXVIII, 2, p. 29 v°—80 r°) nous fournit une énumération de 37 ouvrages en 176 chapitres, ce qui s'accorde exactement avec le dire du Siu kao seng tchouan.

2) Ce Nei tien lou qui fut publié, comme son titre l'indique, pendant la période tcheng-kouan (627-649) ne paraît pas être identique au Ta Tang nei tien lou qui ne parut qu'en 664. Ce qui est du moins certain, c'est que le Ta Tang nei tien lou (Trip., XXXVIII, 2, p. 79 v°—80 ro) ne cite comme ayant été écrit par Jinagupta aucun ouvrage astronomique ou autre en-dehors des 37 sutras bouddhiques dont l'auteur du Siu kao seng tchouan a lui-même parlé plus haut (p. 356, ligne 2).

CONGRÈS INTERNATIONAL DES ORIENTALISTES.

A ALGER, désigné à Hambourg comme le lieu de la prochaine réunion, s'est tenue du 18 au 26 Avril, la XIVe Session du Congrès international des Orientalistes sous la présidence de M. René BASSET, Directeur de l'Ecole supérieure des Lettres d'Alger.

Le Congrès avait été réparti en sept sections: I. Inde; Langues Aryennes et Langues de l'Inde; II. Langues Sémitiques; - III. Langues Musulmanes (Arabe, Turc, Persan); - IV. Egypte; Langues Africaines; Madagascar; V. Extrême-Orient; VI. Grèce et Orient; VII. Archéologie Africaine et Art musulman, dont l'organisation avait été confiée à MM. Emile SENART, Philippe BERGER, René BASSET, LEFÉBURE, Henri CORDIER, Charles DIEHL, et Stéphane GSELL.

MÉLANGES.

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Comme il fallait s'y attendre, c'est la section musulmane qui avait réuni le plus grand nombre d'adhérents et qui a reçu le plus de communications; néanmoins la section d'Extrême-Orient a fait bonne figure, grâce à l'importance des Mémoires qui y ont été lus.

La section s'est réunie à 3 heures le Mercredi 19 Avril sous la présidence de M. Henri Cordier, Président de la Section d'organisation et constitua son Bureau de la manière suivante: Président: M. le Dr. J. J. M. De Groot, professeur de Chinois à l'Université de Leyde; Vice-Présidents: MM. le Dr. F. W. K. MÜLLER, du Musée Ethnographique de Berlin, et Edouard CHAVANNES, Membre de l'Institut et Professeur au Collège de France; MM. le Dr. MURAKAWA (Japon) et Paul PELLIOT (Indo-Chine) furent désignés comme secrétaires.

M. Henri CORDIER a présenté au nom de M. G. SOULIÉ, du Consulat-Général de France de Chang-hai, un Mémoire manuscrit sur Les Mongols; leur organisation administrative d'après des documents chinois, ainsi qu'un exemplaire de son ouvrage: Eléments de Grammaire mongole (dialecte des Ordos).

Les éditeurs du Toung Pao font déposer sur le Bureau de la Section deux exemplaires du Vol. V de la II Série de ce périodique.

Le Jeudi 20 Avril, M. Henri CORDIER a présenté à la Section des spécimens de trois ouvrages imprimés xylographiquement par les Missionnaires du KoueiTcheou dans la 2e moitié du XIXe siècle (voir le No. courant du Toung Pao).

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