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struisit alors) s'appela ville Ta-hing'); la salle principale (du palais) s'appela salle Ta-hing; la porte s'appela la porte Ta-hing; la sous-préfecture s'appela sous-préfecture Ta-hing; les jardins et les étangs eurent tous des noms analogues; un temple s'appela (le temple) Ta-hing-chan ★a‡; c'est dans ce temple qu'on fit la traduction des textes religieux.

En ce temps, Jinagupta continuait à résider chez les Barbares du Nord. La cinquième année k'ai-houang (585), une trentaine de religieux du temple Ta-hing-chan, à savoir le çramaņa T'an-yen

E et ses collègues, s'étant livrés en personne au travail de traduction, aboutirent à des contradictions et à des divergences dans les sons et dans les significations 2); apprenant que Jinagupta se trouvait dans le Nord, ils adressèrent une requête au trône pour demander qu'on le fît revenir; l'Empereur alors rendit un décret spécial pour l'inviter à rentrer. Jinagupta, voyant que le retour dans l'Ouest lui était fermé et qu'il était resté (chez les T'ou-kiue) depuis dix ans, songeant profondément au souverain éclairé qui régnait alors, et trouvant de nouveau les trois Joyaux ), fut au comble de ses vœux quand il reçut soudain cette invitation; aussitôt donc, en compagnie de l'ambassadeur, il rentra dans l'empire. Sur

ces entrefaites, l'empereur Wen passa par Lo-yang 文帝 洛陽

et (Jinagupta) en ce lieu vint lui rendre visite; il plut fort au

1) Le sixième mois de la deuxième année k'ai-houang (582), le fondateur de la dynastie Souei, considérant que la ville de Tch'ang-ngan était construite sur un plan trop restreint, se décida à fonder dans le voisinage immédiat une nouvelle capitale. Il l'établit sur le versant de la colline Long-cheou, à 10 li au Nord de la ville actuelle de Si-ngan fox, dans la région où en 198 av. J.-C. l'empereur Kao-tsou, de la dynastie Han, avait fait élever le palais Wei-yang. L'ancienne capitale fut dès lors connue sous le nom de «ancienne ville de Tch'ang-ngan» (cf. p 338, ligne 7, de la n. 1).

2) La commission de traducteurs dont faisait partie Tan-yen était présidée par Narendrayaças: cf. p. 350, lignes 31-38 de la note.

3) C'est-à-dire voyant que le gouvernement était exercé en Chine par un prince éclairé et que la religion y était florissante.

Fils du Ciel qui lui fit la faveur de l'interroger plusieurs fois, et qui, avant même de rentrer à la capitale, lui ordonna par décret de multiplier les traductions. Les textes hindous nouvellement arrivés comprenaient un très grand nombre d'ouvrages tant sutras qui çãstras, tant religieux que laïques; tout ce qui fut traduit le fut sous la direction de Jinagupta. De l'avis de tous, Jinagupta, en ce qui concernait les langues savait celles des pays étrangers, en ce qui concernait les écritures connaissait celles des contrées lointaines: c'est pourquoi il pouvait donner des explications et faire lui-même la version saus avoir à s'embarrasser de traducteurs; pour ce qui est des significations, il en comprenait parfaitement la valeur; pour ce qui est des phrases, il en réalisait complètement l'expression; à peine le style et le sens étaient-ils fixés en gros que le texte contrôlé se trouvait aussitôt rédigé; les personnes chargées de recueillir (ses paroles) avec le pinceau n'avaient à faire aucun effort; si on tente de le comparer aux anciens sages, il semble bien qu'il fût digne de leur succéder. En ce temps, Ye-cho (Narendrayaças) étant mort, ce fut lui qui devint spécialement le principal artisan 1). En outre,

1) La mort du célèbre religieux hindou Narendrayaças survint en 589; mais c'est en réalité dès l'année 585 que Jinagupta eut la haute main sur les traductions faites par ordre impérial. Plus tard, on lui adjoignit Dharmagupta, qui étail arrivé à Tch'ang-ngan en 590. J'extrais de la biographie de Narendrayaças (Siu kao seng tchouan; Trip., XXXV, 2, p. 90 r° et v°; cf. B. N., appendice II, n° 120 et 128) les renseignements suivants: Narendrayaças était originaire de l'Udyana; après avoir accompli une tournée de pélerinage qui lui tit visiter l'Inde entière jusqu'à Ceylan, il revint dans son pays natal; c'est de là qu'il partit pour le grand voyage qui devait le mener jusqu'en Chine: avec cinq compagnons, il traversa les grandes montagnes neigeuses (Hindou-kouch); lorsqu'ils arrivèrent au sommet de ces montagnes, les pélerins se trouvèrent en présence de deux chemins; l'un est le chemin des hommes: il est abrupt et difficile; l'autre est le chemin des démons: il est d'accès aisé; les étrangers sont souvent induits en erreur et s'engagent dans le chemin des démons; mais il ne tarde pas à leur arriver malheur; c'est pour prévenir ces méprises funestes qu' autrefois un roi sage a fait dresser au point de départ des deux routes une statue en pierre de Vaiçramana qui indique du doigt le chemin des hommes. Un des compagnons mêmes de Narendrayaças s'engagea par erreur dans le chemin des démons; dès que Narendrayaças s'en fut aperçu, il prononça l'invocation magique à Avalokiteçvara et se mit à la recherche du voyageur égaré; au bout d'une centaine de pas il trouva son corps qui avait été

dans le (temple) Ta-hing-chan ★, on appela encore le religieux P'o-lo-men (Brahmane Hindou) Ta-mo-ki-to (Dharma

=

mis à mal par les démons (c'est-à-dire, sans doute, qui avait roulé dans quelque précipice); lui-même put échapper au danger grâce à l'invocation qu'il avait formulée et reprit sa marche en avant. En allant vers l'Est, il arriva chez les Jouei-jouei (que le Li tai san pao ki appelle les Jou-jouet qui sont les Jouan-jouan

....

ou véritables Avares; cf. Documents sur les Tou-kiue occidentaux, p. 230). En ce moment, les Tou-kiue (Turcs) étaient en guerre avec les Jouei-jouei; c'est pourquoi Narendrayaças fut obligé de rester dans le pays de ces derniers; il alla dans le nord jusque sur les bords du lac Ni (ou lac de boue), qui est à 7000 li au nord des Tou-kiue (Turcs). Entre 552 et 555, les Jouei-jouei (Avares) furent entièrement détruits par les T'ou-kiue (Tures) cf. Documents ... p. 222, lignes 11-18); c'est après l'écrasement des Jouei-jouei, comme l'indique fort bien le Li tai san pao ki (Trip. XXXV, 6, p. 81 vo), que Narendrayaças vint se réfugier à Ye (auj. Tchang-tö fou, prov. de Ho-nan), capitale des Ts'i septentrionaux; il y arriva la septième année tien-pao (556); il était alors âgé de quarante ans. On le logea dans le temple Tien-p'ing et il commença la traduction des textes hindous dont on conservait plus de mille liasses dans la salle du Tripitaka . D'après le Li tai san pao ki (Trip. XXXV, 6, p. 65 ro) c'est dans le temple Tien-p'ing que Narendrayaças publia les traductions des sept ouvrages suivants: le

P'ou-sa kien che san mei king #=#

(B. N., no 28 (16)),

en 568; le Yue ts'ang king *=*

(B. N., no 63) en 566; le Yue teng san mei king (B. N., no 191), en 557; le Ta pei king (B. N., no 117), en 558; le Siu-mi ts'ang king(B. N., n° 66), en 558; le Jan teng king (B. N., no 428), en 558; le Fa cheng a p'i t'an louen

#BORA(B. N., n° 1294), en 563. Par sa science et par ses vertus,

Narendrayaças s'attira l'estime et l'affection de tous. Lorsque les Tcheou eurent détruit la dynastie Ts'i en 577, la proscription du Bouddhisme édictée dès l'année 574 par l'empereur Wou, de la dynastie Tcheou, atteignit Narendrayaças qui dut revêtir les habits laïques mais qui continua à porter par-dessous les vêtement du religieux. En 581, les Souci fondèrent leur dynastie à Tch'ang-ngan, et aussitôt, comme nous l'avons vu (p. 346, 1. 10-21 et p. 347, 1. 4—7), les pélerins Chinois que la proscription du Bouddhisme avait forcés de s'arrêter chez les Turcs à leur retour de l'Inde accoururent auprès du nouvel empereur. Ils apportaient avec eux tout un chargement de livres saints. Pour les traduire, on eut recours à Narendrayaças qui fut appelé à la capitale le septième mois de la deuxième année k'ai-houang (482) et installé dans le temple Ta-hing-chan (cf. p. 348, ligne 5); l'empereur mit sous ses ordres trente çramanas, parmi lesquels se trouvait Tan-yen (cf. p. 348, lignes 8-12, et n. 2); Narendrayaças publia alors, de 582 à 585, huit ouvrages qui sont énumérés dans le Li tai san pao ki (Trip., XXXV, 6, p. 80 v°; ce sont les no 62, 185, 188, 232, 409, 411, 465 et 525 du Catalogue de B. N.) il semble cependant que certaines des traductions entreprises par la commission que présidait Narendrayaças aient été jugées très défectueuses (cf. p. 348, lignes 11-12); c'est alors (en 585) qu'on alla chercher Jinagupta chez les Turcs afin qu'il assumât

gupta) 婆羅門儈達摩笈多')et en même temps on ordonna aux laïques dévots, les deux frères Kao T'ien-nouet Kao Ho-jen, de traduire avec (Jinagupta) les textes hindous. Puis dix çramaņas de grande vertu, nommés Seng-hieou 儈休,Fa-ts'an 法粲, Fa-king法經,Houei-ts'ang 慧藏, Hong-tsouen 洪道,Houei-yuan 慧遠, Fa-tsouan 法纂, Senghouei儈暉,Ming-mou明穆,Tan-tsien 曇遷, furent chargés de surveiller le travail de traduction et de contrôler le sens primitif; les çramaņas Ming-mou Het Yen-ts'ong) procédèrent à une seconde confrontation (de la traduction) avec le texte hindou et, en faisant un examen critique par une revision nouvelle, rendirent plus exacts le style et le sens.

Autrefois, lorsque le (Yue-)tche (Indoscythe) T'an-lo-che

1† (Dharmarakṣa) 3) et d'autres avaient publié le Ta-tsi ★★ (Mahāvaipulya-mahāsannipāta-sūtra; B. N., n° 61), ils avaient constitué un ouvrage qui comprenait au maximum trente chapitres ou rouleaux. Puis, à l'époque de la dynastie Ts'i dont le nom de famille est Kao, Ye-cho (Narendrayaças) publia le sūtra Yue-ts'angen douze chapitres. Au début de la dynastie Souei, il publia encore la section Je-ts'angen quinze chapitres (B. N., n° 63) *). On eut ainsi la collection complète du Ta-tsi cependant les sections traduites les unes plus tôt,

la direction de l'entreprise. Narendrayaças ne publia dès lors plus rien; il s'établit dans le

temple Kouang-tsi 廣濟 (nom qui fut changé en Hong-tsi 弘濟 sous le règne

de l'empereur Yang, 605–616, dont le nom personnel était Kouang, puis en Tch'ong-tsi sous les Tang, pour éviter le nom posthume de l'empereur Kao-tsong, 650-683, qui était Ta-hong).

1) J'ai déjà résumé ailleurs (BEFEO, t. III, 1903, p. 439–440) la biographie de Dharmagupta qui séjourna en Chine depuis 590, date de son arrivée à Tch'ang-ngan, jusqu'à sa mort survenue en 619.

2) Sur Yen-ts'ong, voyez BEFEO, t. III, 1903, P. 438-439.

3) Cf. B. N., Appendice II, p. 67.

4) Cf. B. N., Catalogue, nos 62 et 63.

1

les autres plus tard, restaient séparées et les cahiers de l'ouvrage total étaient dispersés. La sixième année k'ai-houang (586), il y eut un çramaņa du temple Tchao-t'i, nommé Seng-tsieou, qui réunit (tous ces textes) en soixante chapitres. (Seng-)tsieou était entré jeune dans les ordres; il n'attachait de prix qu'à l'étude des livres; il regretta que, malgré les explications qu'on pouvait donner, la forme littéraire de cet ouvrage restât peu brillante; c'est pourquoi il en coordonna (les diverses parties) de manière à ce qu'elles se fissent suite et les rattacha à un ouvrage d'ensemble. (Cependant,) pour ce qui est de l'exactitude rigoureuse du style et du sens, il n'avait pu encore y atteindre parfaitement; récemment 1), un çramaņa du temple Ta-hing-chan, nommé Hong-king, homme savant et perspicace qui est chargé officiellement 2) de surveiller la rédaction des livres du Tripitaka, rectifia et amenda ce qui avait été réuni par (Seng-)tsieou; il eut parfaitement raison dans les titres qu'il mit et dans l'ordre de succession qu'il établit. Comme d'ailleurs dans les divers livres saints qui venaient de faire leur apparition en traduction, il y en avait beaucoup qui étaient des sections négligées jusqu'alors du Ta-tsi, (Hong-k'ing) les condensa et les réunit (aux autres sections) de manière à former un ouvrage total qui devra remplir cent chapitres 3). Si l'on considère les textes

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1) Il faut remarquer que l'auteur du Siu kao seng tchouan, écrivant vers 650, copie ici le Li tai san pao ki (Trip, XXXV, 6, p. 81 ro) publié en 597. Le mot ment s'applique donc à une date peu antérieure à l'année 597.

«récem

2) 為國. Le Li tai san pao ki éorit 奉為皇后 «chargé pour le compte

de l'impératrice de...»

3) Le Li tai san pao ki (Trip, XXXV, 6, p. 81 r°) ajoute la phrase: «cela comportera un tiers du texte hindou». En effet, au début de la notice, il avait écrit: «D'après le texte hindou, ce Ta tsi king comprend en tout cent mille stances; si on le traduisait intégralement, cela formerait trois cent chapitres». L'auteur du Siu kao seng tchouan reproduit ici cette dernière phrase, mais en la rendant moins claire par la suppression du mot

qui montre qu'il s'agit d'une supposition. Il me semble d'ailleurs que, d'après le texte du Li tai san pav ki, l'ouvrage de Hong-k'ing n'était pas encore publié au moment où écrivait l'auteur (597): cet ouvrage devra remplir cent chapitres; il comportera un tiers du texte hindou.

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