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Nad. 58.

A.D. 1745. vers le nord de la rivière Ker, il quitta cette

ayant fait passer la rivière aux troupes 18 Février. & aux bagages, il campa le vingt-cinq dans le

district d'Ereche.

place, &

CHAPITRE XV.

Événemens de l'heureuse Année l'Hégire 1158.

QUAND I'hiver fuivi des neiges & des tempêtes, comme un guerrier à la tête de fes forces, eut envahi la terre de l'Iran avec la violence de Rouintem, le grand luminaire des cieux monta fon splendide coursier, &, le feizième du mois de Sefer, rencontra les troupes de ce tyran furieux sur le point de l'équinoxe du printemps ; il y

mit en déroute cette froide armée de la rude faifon, dont il difperfa les bannières long-temps flottantes dans les airs, tempérant par une douce chaleur l'âpreté de fes perçans

frimats. Dans ce temps la cour impériale brilla de la fplendeur de Salomon, les nobles généraux & les héros illustres s'assemblèrent, couverts de robes de nuances variées & éclatantes d'or.

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Nad. 58.

Les tentes nombreuses comme les étoiles furent A.D. 1745. dressées en Chekki, où elles demeurèrent près de trois mois : ensuite, quittant ce lieu & paffant la rivière Ker, elles s'avancèrent vers Coktché, dans le quartier d’Erivan, par le chemin de Khatchin & Meïanicouh.

Pendant cette marche Nader Chah fut attaqué d'une maladie foudaine, & fut porté plusieurs stations dans la littière royale ; mais enfin, par les foins d'un habile médecin, qui lui donna des remèdes efficaces, il fut entièrement guéri, & reprit sa première vigueur & santé.

Après cet accident, & le douzième du mois Juillet; Giumadi’lakhri, l'armée atteignit les plaines de Coktché, où elle campa dans de forts rea tranchemens.

CHAPITRE XVI.

L'Armée impérialè arrive à Moradpeté,

prend Polesion d'Erivan. Bataille donnée
contre reken Mohammed Pacha, Général
des Turcs : sa Mort.

PLUSIEURS avis successifs assuroierit que le dernier grand visir, Yeken Mohammed Pacha, nommé généralissime de l'armée Turque,

Nad 58.

A. D. 1745. s'étant joint à Gelik Pacha, gouverneur d'Idin,

& à dix ou douze autres Pachas, s'avançoit avec des troupes innombrables d'Erzeroum, & de Cars ; qu'outre ces forces Abdalla Pacha Getetchi, avec Ahmed Khan, fils de Sobhan Virdi Khan, Begler Beg d'Ardilan, ainsi que d'autres Pachas, venoient à la tête d'une armée considérable, &, passant par la voie de Diarbeer & de Moussel, songeoient à donner une bataille décisive.

Sur cet avis fa Majesté envoya le prince Nasralla Mirza pour s'opposer à ceux qui s'approchoient des frontières de Perse, & lui donna les légions victorieuses qui avoient été employées sur les confins de Karmanchah, du Loristan, & du Kiurdestan.

Ce fut aussi la volonté de sa Majesté que l'illustre prince Imam Kuli Mirza se mariât, ainsi qu'Ibrahim Khan, qui, après la mort de fon père, portoit la même nom. En conféquence, de grandes preparations furent faites pour la célébration de ces mariages, & plusieurs jours furent passés en joie & en divertissemens près des quartiers de Coktché. Ensuite sa Majesté confia les importantes affaires du Khoraslan à Imam Kuli Mirza, & celles

de l'Irak à Ibrahim Khan ; & elle les fit partir 24 Juillet. le cinq de Regeb, avec une suite convenable

pour leurs respectives commissions.

Nad. 58.

* Sa Majesté, ordonnant que les bagages ref- A.D. 1745. tassent sur les bords de Peugekhan & de Tauris, déploya le même jour ses victorieuses bannières pour donner bataille au général des Turcs, qui avoit déjà quitté Cars ; elle étoit résolue de rencontrer les troupes ennemies dans le voisinage de Cars & d’Erzeroum, lorsqu'elle apprit que le général étoit forcé de s'arrêter dans ce quartier.

Sur cela, le neuf du même mois, l'armée 28 Juillet. royale, laissant Erivan, vint à six parasanges de Moradpeté, dans le même lieu où la bataille contre Abdalla Pacha Kiuprili Ogli avoit été donnée.

Le dix, dans l'après-midi, Mohammed Pa- 29 Juillet, cha s’avança avec cent mille hommes de cavalerie, & quarante mille d'infanterie, & campa au pied d'une montagne à deux parafanges de l'armée impériale, où, ayant dressé ses tentes, il commença de fortifier les endroits foibles, óc de préparer ses canons & ses mortiers.

L'onzième, les deux armées étant rangees en ordre de bataille, le feu du combat coinmença, à flamber, & ses étincelles atteignirent les étoiles. Après plusieurs successifs engagemens, l'armée Ottomane fut mise en déroute par l'interposition de la Providence. La

perte fut très-grande du côté des Turcs, leur genéral se retira dans ses retranchemens,

Nad. 58.

A.D. 1745. &, la nuit devenant obscure, les troupes con

quěrantes retournèrent à leur camp.

Alors le vigilant héros envoya un détachement pour observer les environs de Cars, & pour ôter à l'armée Turque toute possibilité d'avoir du fourrage & des provisions.

Depuis ce temps, tous les jours quelques partis Turcs étoient taillés en pièces près du camp, & le général se trouva de plus en plus resserré de tous côtés; enfin, voyant que ses soldats n'étoient en nulle manière accoutumés à l'art de la guerre, il se retira avec son armée, marchant environ quatre parafanges chaque jour, jusqu'à ce qu'il fût à neuf parafanges des Persans, où il campa.

Cette retraite avoit été si bien conduite, que des Persans, ayant été détachés pendant la nuit, pour faire une excursion dans le camp des Turcs, furent étonnés de le trouver abandonné, & remplirent les airs de çris de surprise.

Dans ce même temps le général Turc mé, ditoit le même projet contre le camp des Persans, ayant trouvé, après une confultation avec les chefs Ottomans, que dans la crise où l'on étoit, il n'y avoit pas d'autre moyen pour contenir ses soldats, prêts à fe mutiner & qui désertoient continuellement.

Dans l'après-midi du même jour, qui étoit

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