Page images
PDF
EPUB

Na'. 55.

plantes colorées, & dépouillé de leurs ornê- A.D. 1742. mens les berceaux de roses, s'enfuit, ainsi que les Lekzies des frimats & des glaçons ; ils quittèrent les montagnes du Daghestan à l'approche des troupes printanières. Le vil imposteur Bahman, qui, sortant des régions du Touran, & voyant les jardins dépourvus des Kizlebaches des roses flamboyantes, avoit élevé l'étendard de l'indépendance, fut détruit par l'impétuosité de l'armée du printemps.?

Ce même. Mercredi la fête du nouvel an fut célébrée avec pompe, allégresse & profpérité.

Nadah Chah avoit résolu de ne point perdre de temps pour terminer avec le Turc sa grande entreprise sur l'établissement de la cinquième secte. Son intention étant de mettre, ensuite, ordre aux affaires de ses états, de résigner l'empire à un des princes ses fils, &, se retirant à Kélat son ancien domicile, de donner ainsi un fameux exemple de la brieveté des règnes de ce monde.

Dans ce dessein, il ordonna à d'ingénieux architectes, à d'habiles géomètres, à de laborieux artistes, de se rassembler à Kélat, d'y élever de superbes édifices, & de magnifiques palais, dont les faîtes pussent atteindre la voute. de la septième sphère ; d'y bâtir des maisons, des bains, des boutiques, des caravanserais ;

Nad. 55,

19 Mai.

A D: 1742. d'y construire des aqueducs, où ils conduiroient

des eaux semblables aux sources de Cousser, d'aussi beaux lacs que le puits de Zemzem, & clairs comme la fontaine de Selsebil. Il fit auffi apporter, dans cette place la mieux fortifiée de l'univers, ce qu'il y avoit dans son royaume de plus précieux en meubles, robes, ornemens, nécessaires pour son palais &

pour sa glorieuse garderobe; enfin il renferma toutes ses richesses dans ce séjour aufli délicieux que le paradis & que

les jardins éternels.

Le Mardi, vingt-cinquième de Rabiu'lavel, lorsque le soleil étoit au milieu des Jumeaux, & que l'air étoit tempéré, l'armée royale se mit en marche pour punir les révoltés de Tabrifran : elle quitta le désert de Caferi ; &, ayant faccagé, ruiné, & brûlé les maisons des rebelles, elle détruisit leurs champs, & ne laifla aucune trace d'eux. De là les héros se répandirent dans les autres districts du Daghestan, ravageant les villages, les châteaux, les habitations, comme le feu au milieu de coton, les loups parmi les troupeaux, un torrent à travers les ruines.

Le Chemkhal ou prince de Daghestan & Serkhaï furent pendant ce temps presque toujours dans les troupes royales, & se montrèrent très-ardens à faire le service ; mais Ahmed

Nad. 55,

Ofmei, craignant le châtiment dû à fa trahison, A.D. 1942. se fortifia dans le château de Kereiche, sur le sommet d'un mont très-élevé, dont les défilés étoient de difficile accès, les côtés entourés de forêts & de bois, & qui avoit un seul sentier, si étroit qu'à peine on pouvoit s'y tenir.

Après que les rebelles du Dagheftan furent réduits, les affaires de ce pays & de celui d'Oar réglées, fa Majesté s'avança elle-même vers ce fort inaccessible d'Osmeï. Pendant trois jours les champions courageux comme des éléphans, & furieux comme des lions, continuèrent l'attaque, & après de violens afsauts & de terribles secousses, ils prirent possession de la montagne & du château ressemblant au firmament.

Osmei, se voyant dans cette extrémité, s'enfuit du côté d'Oar, laissant derrière lui fa famille, & plaçant son pied sur les plaines du péril. La garnison & les habitans de Kerakeitaf tournèrent vers le grand conquérant le visage de la supplication, & touchèrent de leur front la terre qui étoit sous ses pas. Sa Majesté pardonna leur offense, & ordonna seule

leur forteresse bâtie de pierres & de briques fût rasée.

On a déjà vu qu'après la conquête du Kharezme & la punition d’llbars, Taher Khan avoit été établi Vali de cette principauté. Il

ment que

Nad. 55.

A.D. 1742. a été dit que fa Majesté, étant en Daghestan,

avoit
reçu

la nouvelle de la mort de ce prince, causée

par

la rebellion d'Abou'l Kheir Khan, joint à Ertouk Eniak, & aux autres mécontens d'Aral, lesquels, après avoir rompu les liens de l'obéiffance, s'étoient choisis pour gouverneur le fils d’Abou'l Kheir Khan; on a raconté comment fa Majesté, irritée de voir payer

ses bienfaits & fa clémence de tant d'ingratitude, avoit envoyé Nasralla Mirza son lieutenant général en Khorassan

pour

châtier les révoltés, lui ordonnant de conduire toutes ses forces & fon artillerie contre Kharezme, & de s'y rendre pour le jour du nouvel an.

Quand donc Ertouk Eniak, & les autres chefs d'Aral & du Kharezme, furent informés de la marche du prince, & furent revenus de leur ivresse causée

par

le vin de l'ambition, ils se repentirent de leur folie, &, remplis de crainte, se hâtèrent de se rendre en Khoraslan; ils recontrèrent Nasralla Mirza près de Mérou, & lui démandèrent pardon & grâce, offrant de rendre les prisonniers & d'enrôler de nouvelle troupes dans son armée.

Le prince s'arrêtant à Mérou, envoya demander la volonté de l'Empereur, aussi puissant que Soliman, qui, en considération de cinq cents fidelles Ouzbegs qu'il avoit dans son armée, pardonna aux rebelles, & à la re

Nad. 55.

quête' de ces vaillans soldats, donna la prin- A.D. 1742. cipauté du Kharezme à Abou'l Mohammed fils d’llbars, qui avoit pris refuge sous l'ombre des victorieuses bannières du prince. Sa Majesté voulut aussi qu'Ertouk Eniak remplît un poste considérable, & celui-ci fit passer fon -frère & plusieurs chefs dans le service de l'armée royale. Les ordres

que

le

reçut portoient en même temps de choisir un nombre considérable de soldats d’Aral & de Kharezme, & de les envoyer au camp, de relâcher les prisonniers, & de transplanter en Khoraslan les tribus de Tekki & d'Yemout, qui se trouvoient alors en Kharezme.

Les chefs de ces tribus, s'étant soumis au décret royal, reçurent la permission de se retirer, & le prince se mit en marche pour retourner en Khorassan, où il arriva le vingt- 14 Juillet. deux de Giumadi'lakhri.

[ocr errors]
« PreviousContinue »