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Nad. 54.

AD: 1741. bitations, leurs places fortes avoient subi la

violence du vainqueur, & avoient été rasées jusques dans leurs fondemens, de manière que nulle trace d'eux n'étoit restée.

En récompense d'une telle victoire, sa Majesté envoya deux cents mille roupies, & des robes splendides, pour être distribuées aux officiers & aux soldats de cette heureuse armée, accompagnant ces dons d'une lettre remplie de bonté.

Quelques jours après les mêmes commandans firent savoir à sa Majesté, qu'ils avoient aussi battu les Lekzies de Tellé; qu'après les avoir poursuivis jusqu'à la rivière Semour, ils en avoient fait un grand carnage dans un lieu nommé Kassour, rendant captives leurs familles, & nettoyant les plaines de Giar & de Tellé de cette séditieuse tribu ; mais qu'enfin, à leur retour, par l'ordre du destin, deux cents Persans avoient péri dans les neiges.

Après toutes ces nouvelles, l'armée royale quitta les bords du Kerkan, &, passant par les dehors d'Astrabad, arriva à Echeref, lieu agréable, où elle se reposa pendant trois jours, & poursuivant son dessein, elle continua sa marche par la voie de Soyad.

Dans le nombre des événemens remarquables de cette année fut le danger que sa Ma

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jesté courut en Mazenderan, dont les pro- A.D. 1741. vinces fortifiées sous les anciens rois consistoient en bois & en épaisses forêts.

Un Dimanche, vingt-huitième du mois 3 Mai. Sefer, lorsque la conjonction de Mars & du soleil eut fuccédé à celle des deux planètes de mauvais augure, Nader avec son Haram, sa suite, & une compagnie de ses gardes, ayant passé le Pel Sepid, ou Pont blanc, se trouva dans le district de Sovadkouk entre Zirab & Pehigian, près du château d'Olad, place dont fait mention le poëme héroïque Chahnamé. En ce lieu un misérable, s'étant mis en embuscade derrière un arbre, à vingt pas de distance, prit l'invincible Sultan pour le but de son mousquet.

La Providence divine préserva la vie du héros ; mais la balle rasant son bras droit y fit une légère blessure d'environ un pouce de largeur, &, passant sur sa main, alla frapper fon cheval à la tête, lequel s'abattit aussitôt. Le prince Riza Kuli Mirza, & les gardes de fa Majesté, confondus d'un tel accident, fe hâtèrent de courir après le traître, mais il leur échappa à travers les bois, & ils perdirent ses traces dans l'épaisseur de la forêt. Ainsi les soins de l'Eternel repoussoient avec le bouclier de fa merci les traits du danger lancés contre ce conquérant ; ainsi ils détournoient les

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Mai.

A.D. 1741. bouffées de vent qui souffoient contre la

lampe illuminatrice du monde, vérifiant ce que

dit le livre sacré, " Ils défiroient d'éteindre avec leur souffle la lampe de Dieu, mais “ Dieu a rendu sa lumière parfaite."

Pour en revenir à notre narration ; quand l'armée fut parvenue en Tehran, Riza Kuli Mirza eut ordre d'y établir ses quartiers d'été & de résider dans cette province, dont les reyenus lui furent destinés. Vers le milieu de Rabiu’lavel les troupes royales arrivèrent à Kazvin, où ayant séjourné quinze jours, elles fe mirent en marche

pour
Kebla

par

la route de Keratchédague & Berdá, & de là allèrent en ayant par Chadaghi. Sur la route, les chefs des tribus des Lekzies, qui s'étoient retirés sur la pointe des rochers d’Alborz, & dans les lieux inacceffibles du Daghestan, vinrent au camp, & eurent l'honneur de baiser le marchepied du trône de fa Majesté ; ils

promirent obéiffance, service, & tribut.

Dans le commencement de Giumadi'lakhri les tentes furent fixées aux extrémités du Dagheftan, où fa Majefté apprit les désordres arrivés en Kharezme, & le meurtre de Taher Khan, prince de ce pays, dont voici le détail.

Quand l'armée étoit en Kharezme, une bande d'Ouzbegs & d'Araliens obstinés, qui en habitoient la partie feptentrionale, confinant

Août.

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à. Kizak, s'enfuirent à l'approche des con- A Da 1341. quérans : alors Pourali, fils d'Abou'l Kheir Khan étoit prince de Kizak; il joignit les fugitifs, affiégea & prit le château de Kheïou, tua Taher Khan & plusieurs des commandans royaux, après quoi il s'empara de la principauté de ces contrées.

Sur ces nouvelles, fa Majesté ordonna au prince Nasralla Mirza, ainsi qu'à plusieurs officiers, de conduire les troupes du Khoraslan contre ces rebelles, & de reprendre les territoires

qu

ils avoient envahis ; elle nomma Mohammed Ali Khan Kirklou, & Hagi Seifeddin Khan Berat, directeurs de la maison du prince, & les ayant instruits de ses intentions, les envoya en Khoraffan avec ordre de faire les préparations nécessaires pour cette expédition, de se rendre

pour

le jour du nouvel an en Kharezme, dans l'armée du prince.

L'armée impériale ayant séjourné un mois entier à Gazikmouk, Khasfoulad Khan, Serkhaï, Osmei, & plusieurs autres chefs, vinrent au glorieux camp, & baisèrent le facré marchepied : leur soumission leur mérita de grandes faveurs de fa Majesté ; ils en reçurent de magnifiques robes, & des chevaux avec des

caparaçons d'or.

Au commencement du mois Regeb, Nader Septembre. Chah marcha contre les rebelles d'Oar, qui

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A.D. 1741. habitoient la partie la plus reculée du Daghe

stan, joignant la Circassie. Il est impossible pour le coursier de la plume de traverser la vallée de la description de ces routes difficiles & raboteuses.

L'entière étendue de ce pays est de douze jours de marche, dans laquelle on ne trouve pas un seul terrain uni, & à peine un sentier où deux soldats d'infanterie puissent passer de front; dans le plus fort de l'été, les collines y font rarement dépourvues de neige, & fes plus extrêmes chaleurs sont semblables à l'hiver des autres contrées.

L'armée ayant demeuré quinze jours dans ces quartiers pour punir les rebelles, il arriva qu'une troupe de soldats, faute de guides habiles, se trouvèrent dans un lieu inconnu entre des monts couverts de neige, où, en étant venus aux prises avec l'ennemi, quelques-uns d'entre eux revinrent dans les régions heureufes, tandis que d'autres tombèrent dans celle de la misère.

C'étoit alors le temps de l'entrée du soleil dans le signe du Scorpion ; & la violence des neiges & des pluies empêcha l’armée royale d'achever la réduction de la tribu d’Oar; en conséquence elle quitta la station, & Serkheï, avec sa famille, la suivit à Derbend.

Au commencement de la marche de l'Em

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