Page images
PDF
EPUB

Nad. 53.

de l'attaquer; ainfi le grand conquérant en A.D. 1740. abandonna le dessein, & marcha le jour d'après vers Kheïou, le siége de l'empire du Kharezme, & le centre de ce royaume, imaginant que ce mouvement ébranleroit la chaîne de la résolution d'Ilbars, & le seroit sortir de son fort.

En effet, lorsque l'armée royale eut avancé d'une station, Ilbars quittant Hezaresb se mit à suivre le rivage de l’Amivié, dont la crainte ne lui permettoit pas de s'éloigner : mais une compagnie des tribus de Yemout, de Tekké, & autres Turcmans du pays, osèrent s'écarter de la voie de la prudence, & s'avancèrent plus loin. Sa Majesté, en ayant été avertie, laissa l'armée dans le lieu où elle étoit, s'avança à la tête d'un détachement de guerriers chasseurs de lions, & coupa le chemin aux téméraires ennemis; plusieurs d'entre eux furent pris, plusieurs tués : le reste s'enfuit vers llbars, que se retira avec précipitation dans le château de Khankah, une des cinq forteresses du Kharezme, fitué entre Hezarelb and Kheïou, devant lequel il fixa fon camp.

Les troupes impériales demeurèrent tout ce jour sur le champ de bataille, & le matin s'avancèrent pour attaquer Khankan. A la troisième heure, les coursiers affamés de carnage firent entendre leur trépignement autour du château;

Nad. 53.

A.D. 1740. alors Ilbars réduit à l'extrémité vint présenter

bataille avec ses Ouzbegs, ses Turcmans, & toute son artillerie.

Dès que le commandement royal fut donné, les Persans tombèrent avec furie sur l'ennemi, & avec l'aide du Créateur, & l'éternelle prospérité du puissant conquérant, les Kharezmiens furent défaits. Un grand nombre d'entre eux furent conduits par les guides des cimeterres dans le séjour de la mort, le reste, que le même sort menaçoit, au lieu d'entrer dans la forteresse, se mit à fuir à travers les champs ; mais la plupart furent tués ou pris avec leurs chefs, par les troupes qui les poursuivirent. Ilbars, avec ses Ouzbegs, se mit à couvert dans le château.

Cependant, l'infanterie Persane ayant eu ordre d'attaquer le camp ennemi des quatre côtés, se faisit à l'instant de leurs tentes, de leur artillerie, de leurs trésors, & fit prisonniers plusieurs soldats, qui étoient restés dans les tentes.

Ensuite les foudroyans canons, et les enflammés mortiers jouèrent pendant trois jours contre le château, & consumèrent la substance & la patience de ceux qui le défendoient. Les ingénieurs commencèrent en plusieurs endroits à creuser la terre pour faire des mines; les bombes ébranlèrent les murs avec violence,

Nad. 53.

& les tours furent presque sapées. Enfin, les A. D. 1740. hardis guerriers, avec la fureur de Baharem, se préparèrent pour

l'affaut. La garnison, se trouvant entièrement plongée dans le précipice de la calamité, demanda à se rendre, ainsi que plusieurs chefs des Ouzbegs, & le vingt-quatre du mois, ils vinrent 26 Octobre. humblement se profterner devarit la cour qui défend le monde. Ilbars, voyant le naufrage de son vaisseau & les jours de fa prospérité obscurcis, voulut néanmoins demeurer derrière le rempart de fon obstination, & refusa de sortir.

Le lendemain sa Majesté envoya quelques soldats pour tirer du château, de gré ou de force, ce malheureux ainsi que ceux qui étoient demeurés avec lui.

Le clémence du généreux monarque étoit fi grande, que rarement il tiroit l'èpée du châtiment contre l'ennemi foible ou accablé ; mais Ilbars avoit été encouragé de toutes parts à la soumission. Lorsque la royale armée étoit en Bokhara, Chah Abou’l Feiz, roi du Touran, avec le pouvoir d'Afrasiab, lui avoit envoyé plusieurs fidelles messagers pour l'exhorter à l'obéissance; quelques-uns, pour le même sujet, lui avoient été dépêchés de Tchargiou : au lieu de profiter de leurs avis, il les avcient tous fait mettre à mort.

A. D. 1740.
Nad. 53.

Ces motifs obligèrent fa Majesté de se départir de sa clémence accoutumée & d'ordonner que le fang innocent fût vengé sur Ilbars, & sur vingt des perturbateurs du repos de l'empire, qui, comme lui, méritoient la mort.

Sa Majesté donna la principauté du Kharezme à Taher Khan Nevadeh Genghizi, cousin du roi du Touran, & fidelle serviteur de l'empire ; les Ataliks & les Itaks furent nommés ministres de ces contrées.

Dans le nombre des accidens qui arrivèrent alors, fut celui-ci; le bruit s'étant répandu dans le camp que l'ordre avoit été donné pour le pillage, un parti considérable de soldats fe hâta d'entrer dans le château

pour mais l’Empereur l'ayant appris fit trancher la tête à trente d'entre eux dans la salle des gardes

Avant fa dé faite, Ilbars ayant envoyé à Kizak & à Aral, pour demander du secours, Abou'l Kheir Khan, prince de Kizak, s'étoit avancé avec un corps de troupes composé de Kizakiens, &d'Ouzbegsd’Aral; il avoit déjà atteint Kheïou, capitale du Kharezme, quand il apprit la situation des affaires : sur cela il envoya des mefsagers de confiance pour porter des paroles de soumission & d'obéissance à la très-haute cour: mais à peine ces messagers étoient partis, que,

le piller;

Nad. 53,

saisissant la première occasion, il avoit tourné A.D. 1740 le cheval de la fuite vers Kizak.

Quand cette nouvelle parvint à l'oreille sacrée, les bannières conquérantes du monde furent déployées sur le chemin de Kheïou, place fameuse

pour ses fortifications, & où les Ouzbegs avoient un grand amas de provisions.

Ce château avoit même été entouré d'un profond fossé pour en éloigner les Persans: mais ceux-ci paffoient à travers des murs de feu avec plus de vîtesse que les eaux, & traversoient les eaux avec plus de violence que ne fait la tempête.

Les Ouzbegs, se reposant donc sur leurs forces, se résolurent à la défense. Aussitôt les tentes impériales furent dressées autour du château, qui fut étroitement bloqué; des fossés furent creusés de toutes parts, & l'eau s'écoula dans la plaine ; les ouvriers, retroussant les pans de la robe de la diligence, mirent en trois jours les tranchées entièrement à sec.

Les puissantes batteries furent alors dressées; &, quatre jour après que les boulets de canons & les bombes eurent inceffamment tombé sur la garnison, ces misérables s'aperçurent qu'au lieu de leurs eaux, ils s'étoient plongés dans des lacs de feu : aussi vinrent-ils dans le milieu de ce quatrième jour apporter les clefs de

« PreviousContinue »