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Nad. 60.

Thahmasp Kuli, qui n'avoit jamais man- A.D. 1717. prix de leurs trésors, au dépens de leur patrimoine. Enfin les cruautés qui étoient exercées sont au delà de toute conception. Tous ces actes sanguinaires, loin de satisfaire la frénésie de Nader Chah, le mettoient encore plus hors de lui-même.

Il fit mourir plus fieurs Indiens, Mahométans, & Arméniens, dans la grande place d'Isfahan ; & dans tous les lieux où il passoit il faisoit empiler des têtes humaines sur le faîte des Mosquées, & en formoit d'effrayantes pyramides.

En ce même temps, la province de Seistan ayant pris part à la révolte presque générale, Nader Chah envoya Ali Kuli Khan son neveu pour la réduire, auquel il associa Thamasp Kuli Khan Gelaïr. Il leur enjoignit de faire un dénombrement exact de ces peuples, & de les mettre à une forte contribution.

Ces ordres furent exécutés; & des commis inexorables, munis d'une large liste de condamnés, partirent avec la vîtesse des éclairs pour commencer de tous côtés leurs recherches.

Cependant Ali Kuli Khan, ayant considéré

que

rien ne suffiroit pour appaiser le désordre de l'ame furieuse de Nader Chah, voyant qu'il avoit sans retour fermé ses oreilles à la vérité, se joignit aux Seistaniens, & leva l'étendard d'une nouvelle rebellion.

4.1. 174.7. qué de fidélité, ni porté la tache de la tra

hison, ne put d'abord s'empêcher de s'unir à Ali Kuli Khan ; mais bientôt sa conscience alarmée fit taire tout autre motif ; il tâcha de dissuader fon confédéré, qui, irrité de sa défection, le fit empoisonner.

Alors, déployant les bannières de l'indépendance, Ali Kuli Khan fe fit proclamer souverain dans plusieurs provinces, & attira à lui ceux qui s'étoient retirés & cachés dans la crainte d'éprouver la rage de Nader Chah. De ce nombre furent les Kiurdes de Khabouchan, qui, secouant entièrement le joug de l'obéissance, pillèrent plusieurs districts. Nader Chah partit aussitôt pour les châtier, &, un Dimanche au soir, onzième de Giumadi’lakhri, campa à la station de Fathabad à deux

på: rasanges de Khabouchan.

Ce fut en ce lieu que, par le consentement d'Ali Kuli Khan, avec l'assistance de Mohamined Saleh Khan & de Mohammed Kuli Khan l'Afchar, capitaine des gardes, le fort fatal de ce héros fut décidé. Trois officiers considérables nommés Mohammed Khan Erivani, Mouffi Beg Taremi, Koutché Beg Gondozlai, entrèrent dans la tente royale à minuit, tuèrent ce grand roi, & firent une balle de paume

de cette tête que l'univers, peu auparavant, étoit à peine capable de contenir.

9 Juin.

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Quand, au matin, la nouvelle de cette ac- A.D. 1717. tion fut répandue au dehors, & que les chefs de l'état furent assemblés, Ahmed Khan Abdalis qui avoit été fort attaché à Nader Chah, engagea une troupe d'Afgans & d'Ouzbegs à affaillir les Afchars & les soldats du camp; mais ils furent repouflés & appaisés après un court engagement ; enfin, Ahmed, voyant l'inutilité de ses efforts, après avoir rassemblé quelques Afgans, marcha vers Kandehar.

Les Afchars envoyèrent aussitôt un détail circonstancié de cet événement à Ali Kuli Khan. Ce prince, ravi de voir un tel succès à fon dessein, se rendit en hâte en Khoraslan, laissant son fils Sohreb avec une tribu de Bakhtiaris, & envoyant d'autres troupes pour investir Kélat.

Ces troupes étoient à peine arrivées devant ce château, considérant entre elles les viciflitudes de la fortune, qu’un accident imprévu leur donna lieu d'éprouver fa faveur. Le garde d'une des tours de Kélat, ayant besoin de faire fa provision d'eau, descendit par une échelle, qu'il laissa imprudemment dans le lieu dont

ennemi venoit de s'approcher. Cette occasion inespérée fut dans l'instant saisie ; le détachement d’Ali Kuli Khan monta au comble de ses désirs, entra dans le château, s'empara d'une place que les fortifications auroient ren

Nad. 60.

A.D. 1797. due imprenable, & faisoient regarder comme

une des merveilles du monde.

Nasralla Mirza, Linam Kuli Mirza, & l'excellent prince Chahrokh Mirza, montèrent aussitôt à cheval, & s'enfuirent du côté de Mérou. Cazem Beg, frère d’Ali Kuli Khan, étoit alors auffi à Kélat; il se mit à la poursuite des princes, mais n'ayant pu les atteindre, il revint, & envoya après eux Doft Mohammed Tchéché, le fauconnier de Nafralla.

Imam Kuli & Chahrokh Mirza furent pris à neuf parafanges de Kélat. Un nommé Corban Kuli fut mis sur les traces de Nasralla, & l'atteignit à Houzisenk; mais ce jeune prince, lui ayant porté un coup furieux avec son cimeterre, le fit tomber de cheval, & eut le temps de se fauver jusqu'auprès de Mérou ; là, ayant malheureusement rencontré quelques foldats de la garnison de cette ville, il fut sail & reconduit à Kélat. Bientôt après Riza Kuli Mirza fut mis à ,

que seize autres princes du sang royal ; on n'épargna ni l'inhabilité à succéder dans les uns, ni l'age dans les autres. Les trois princes dont nous venons de parler furent conduits en Khoraflan, où l'on massacra Imam Kuli & Nasralla.

Chahrokh, qui n'avoit que quatorze ans, n'cut

pas le même fort; on l'enferma secré

mort, ainsi

Nad. 60.

tement dans le château de Mechehed, & on A.D. 1747. répandit le bruit qu'il avoit péri avec ses frères. Le dessein d'Ali Kuli Khan étoit de se défaire du jeune prince, s'il voyoit jour de pouvoir garder l'empire pour lui-même; mais, au cas que les Persans ne s'accommodaflent

pas

de son règne, & demandassent un fils de Nader Chah, il comptoit leur présenter Chahrokh Mirza, l'élever sur le trône, & gouverner

pour lui.

CHAPITRE XX.

Règnes d’Ali Chah & d'Ibrahim Chab: Mort

de ces deux Princes.

1747,

QUAND les yeux & le cœur d’Ali Kuli Khan furent satisfaits par la mort des princes, il fut installé sur le trône en Khorassan fous le nom d'Ali Chah, le vingt-septième du Giumadi - 25 Juin, lakhri de la même année. Aussitôt on battit monnoie à son coin, & les prières publiques furent faites en son nom. En conséquence quinze crores d'argent (chaque crore valant cinq cents mille tomans) furent tirées du châ

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