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Nad. 60.

A.D 1747. “ tion offensera contre la propre conscience,

“ & quiconque observera ces conventions re-
o cevra du ciel une récompense.”
Ecrit dans le mois sacrée de Moharrem,

l'année 1160 de notre prophète, auquel
soient louanges & saluts !

CHAPITRE XVIII.

Récit des Événemens de l'Année de l'Hégire

1160, répondant à celle du Crocodile.

1

10 Mars. Le Mardi, la neuvième nuit du mois Rabiu'

lavel, trente deux minutes après l'onzième heure, l'astre couronné d'or, le soleil, entra dans le palais royal du Belier. Alors la nouvelle saison étala de tous côtés fes plus rians Ornemens. Les faules élevoient leurs têtes le jasmin rafraîchiffoit les fens par ses douces odeurs. Les gouttes de rosée, ainsi que des larmes argentées, tomboient des yeux des narcisses ; les roses avoient pris, dans les chaînes de l'amour, le tendre rossignol qui faisoit retentir les bois de ses chants plaintifs ; la linotte & le fanfonnet gazouilloient parmi les bran

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ches de l'égiantine. Les boutons de roses, A.D. 1747. d'hyacinthes, d'asphodèles, déployoient leur beauté devant la cour du printemps, qui s'assit comme un monarque environné de plantes vertes & d'arbustes fleuris. Les planes étendoient leurs branches jusqu'au firmament; les nuées répandoient leurs brillantes ondées. La tourterelle avec un collier de couleurs variées, & la colombe avec ses plumes ondoyantes, joignoient le printanier concert. Les arbres, fermes sur les collines, étoient baignés par les clairs ruisseaux qui entouroient leurs racines, ainsi

que des chaînes d'argent. Toutes les nations se réjouissoient dans cette renaisfance générale de la nature, &, se parant

des plus agréables fleurs, fe délectoient à parcourir les bosquets, où le zephyr fe jouoit avec les feuilles des roses, où les mélodieuses notes du rossignol remplissoient l'ame de désirs, tandis que les tulipes, les anemones, & les violettes azurées, bordoient chaque rivage.

Dans ce temps la fête du nouvel an fut célébrée hors de la ville de Kerman avec les marques ordinaires de prospérité & d'heureuse fortune.

De là l’armée impériale se mit en marche pour Mechehed, où Nader Chah fut fort furpris de voir le trône presque déserté, & toutes les places en confusion & pleines de révoltes.

A.D. 1747.
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Il envoya Nasralla Mirza, Chahrokh Mirza, & les autres princes, ainsi que les joyaux & ses meubles précieux, à Kélat, dans l'espoir décevant qu'ils seroient toujours en sureté dans ce château.

Il entra enfuite dans le Khorassan, &, par le flamboyant cimeterre de son ire, fit perdre la vie à une multitude d'innocens confondus avec les coupables.

CHAPITRE XIX.

Fin de la Vie de la Majesté d'heureuse Mémoire:

Récit de sa Mort: Massacre de ses Enfans & de fes Parens.

Depuis le commencement du règne de Nader Chah, jusqu'à son retour du Kharezme & fa marche dans le Daghestan, il s'étoit entièrement occupé du foin de fon empire & de l'administration de la justice, de manière que

ses sujets de l'Iran auroient donné leurs vies pour sa préservation ; mais après ce temps il changea entièrement de conduite.

A l'instigation de quelque génie ennemi, ce

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malheureux monarque prêta l'oreille à des dé- A.D. 1747. lateurs mal-intentionnés, & fit arracher les yeux à Riza Kuli Mirza, le meilleur & le plus cher de ses fils. Les remords suivirent de près cette cruauté précipitée, & Nader Chah devint comme furieux. Les mauvaises nouvelles qu'il reçut successivement des troubles arrivés dans plusieurs endroits de la domination augmentèrent fa

rage. Dans ce nombre étoit la révolte des habitans de Fars & de Benader. Taki Khan, dont nous avons fait mention, gouvernoit ces pays, & avoit été élevé de la principauté de Chiraz au gouvernement de Fars & d'Omman. Plus Nader Chah l'avoit comblé de bienfaits, plus il fut sensible à sa trahison, qui, après lui avoir fait massacrer Kelbali Khan, lui fit élever l'étendard de la rebellion.

D'un autre côté les habitans de Chirvan, après avoir mis à mort leur governeur Heider Khan, & choisi pour leur chef Mohammed fils de Serkha le Lekzie, avoient commis les plus insolens outrages. Le peuple de Tauris s'étoit déclaré en faveur d'un prétendant d'une obscure naissance. Les Kagiars d'Asterabad, joints aux Turcmans, s'étoient aussi révoltés.

Tous ces malheurs, ayant coup sur coup ébranlé l'ame de Nader Chah, déjà troublée par les regrets qu'il donnoit à son fils, ex

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A.D. 1747. citèrent fa férocité à un point qui n'eut plus an de bornes. Il ne se contenta pas de punir

rigoureusement ceux des rebelles qui tombèrent entre les mains ; mais, dans son aveugle rage, il fit aussi mettre à mort les gouverneurs de plusieurs districts qui n'avoient nulle correspondance avec les provinces révoltées.

Le fang le rendant de plus en plus altéré de fang, il fit une profcription, dans laquelle une multitude de noms furent insérés, & les proscrits, mis à la torture, étoient tourmentés de la plus barbare manière ; dans ce nombre fe trouvèrent plusieurs des ministres & des chefs de l'empire. Ceux qui étoient préposés pour tenir cette fatale liste y mettoient à leur gré & fans motifs tous ceux dont ils se ressouvenoient, ou plutôt ceux dont les richesses excitoient leur avarice.

Ces inhumanités atroces forcèrent les misérables peuples à fuir, & à fe choisir une habitation avec les hiboux des déserts ; mais s'il arrivoit qu'ils fussent rencontrés ou atteints, ils étoient ou privés de la vie ou tourmentés cruellement ; on leur arrachoit les yeux, on leur coupoit les oreilles & le nez. Les collecteurs des impôts arrêtoient même ceux qui pasfoient dans les rues, & ne laissoient échapper que ceux qui rachetoient leurs vies au

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