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A.D. 1746.

Nad. 59.

14 Janvier, 1746.

Le dixième de Moharrem 1159, les étendards conquérans, étant de nouveau déployés, quittèrent Isfahan, &, passant par la voie d'Ardelan & du désert de Tabas, tournèrent vers Mechehed, où ils parvinrent le vingttrois du mois Sefer.

CHAPITRE XVII.

Relation des Événemens de l'An fortuné de

l'Hégire 1159.

20 Mars. La nuit du Lundi vingt-huitième du mois de

Sefer, quand les ministres des étoiles avec leurs manteaux dorés dansoient nu-pieds dans le firmament (selon le livre sacré, “ Otez vos “ sandales, car vous êtes dans la vallée sainte”), afin de recueillir l'assemblée céleste, & rangeoient en ordre les vaisseaux d'or & d'argent des cieux ; quand les serviteurs de la nature couvroient le magnifique palais de la voûte azurée avec des tapis couleur de rose, alors le grand monarque du monde, le soleil, cinq minutes après la cinquième heure, monta sur le trône du Belier. Les puiffans & illustres

trésoriers de la citadelle du monde ouvrirent A. D. 1746.

Nad. 59. les portes du printemps fleuri, & de la jeune verdure. Les larges pierres précieuses que formoient les gouttes de rosée, les rayonnantes perles qui tomboient des nuées, étoient sufpendues, ainsi que des chaînes de joyaux & de bracelets artistement travaillés, sur la surface des vallées. Les gardiens des trésors de la nature parsemoient le jardin de roses, de cornalines, du rubis des tulipes & des anemones, des émeraudes de l'herbe, & des turquoises du trèfle, richesses qui avoient été long-temps recélées dans leurs magasins cachés. Les rayons que dardoient les couches de roses, faisoient briller la terre, comme un paradis délicieux. Le soleil, ce glorieux roi de l'orient, répandoit fa vivifiante chaleur en tous lieux, & chassoit les tristes frimats. Les planes,

, ministres aux mains agiles, écrivoient avec les plumes de leurs branches un traité de paix sur le livre des plaines, & sur les feuilles des berceaux. Les ondoyans nuages, ces légers ambassadeurs du ciel, versoient leurs douces ondées

éteindre le feu de la contention. Quand la fête du Neurouz fut finie dans le siége de l'empire de Perse ; quand l'agréable séjour de Kélat, & les appartemens, femblables au paradis, de ce charmant château, furent ornés pour la réception de la Majesté,

pour

Nad. 59.

1 Avril.

A.D. 1746. elle se prépara à s'y rendre. Le vingt-un de

Rabiu'lavel elle quitta le glorieux siége de sa domination

pour

s'acheminer vers cette place, où elle passa plusieurs jours dans l'allégresse, les fêtes, les divertissemens, & la gaieté, jouisfant des beautés du lieu, & arrangeant les affaires relatives à ces cantons. Elle

у

rassembla d'immenses richesses & des choses précieuses sans nombre, productions des mers, & des mines, & ramassées de toutes les parties du monde.

Après avoir confié ce trésor aux soins de ses plus sages & plus fidelles ministres, Nader Chah partit de Kélat, pour se rendre dans l'Irak.

Il a déjà été dit qu'après l'élevation de sa Majesté au trône dans les plaines de Mogan, le puissant empereur Ottoman avoit désiré d'amener les choses à des voies d'accommodement; mais comme cette affaire resta plufieurs années fans en venir à une conclusion, les ambassadeurs des deux monarques n'avoient pu, fans la hache d'un traité de paix, abattre l'arbre de la contention ; ainsi, après la mort de Mohammed Yeken Pacha, le grand conquérant dépêcha un envoyé à la cour Ottomane pour déclarer ses amicales intentions.

Bientôt après l'einpereur des Turcs saisifsant une si favorable occasion, envoya Netif

Nad. 60.

Effendi (qui auparavant avoit été à la haute A. D. 1747. cour en Daghestan) avec un plein pouvoir de négocier la paix : cet ambassadeur arriva avec la lettre de son maître, & donna les plus fermes assurances d'amitié de la part de l'empereur des Turcs, dont le pouvoir étoit celui d'Alexandre, & ne reçut pas de moins grandes protestations de celle du Chah, lesquelles lui furent données par écrit, & fignées par les chefs de l'état.

Ayant ensuite reçu son audience de congé, Netif retourna à la Porte, qui en conséquence fit partir Ahmed Effendi Kisrili (auparavant envoyé par le général Turc, lorsque Nader Chah étoit en Cars) avec quantité de présens considérables pour le souverain de l'Iran.

Sa Majesté de son côté envoya Mustapha Khan, & son secrétaire à la Porte ; avec un trône d'or massif, orné de larges perles, & rehaussé depuis le haut jusqu'au bas de précieuses productions de la mer d'Omman ; elle y joignit deux files d'éléphans bien dresses, qui dansoient au fon des instrumens, & qu'on avoit trouvés dans le nombre des raretés de l'Indoftan.

Ces magnifiques présens furent confiés à l'ambassadeur,& la lettre, qui lesaccompagnoit, à fon secrétaire.

Le dix du mois facré de Moharrem 1160, 10 Janvier,

17+7,

Nad. 60.

A.D. 1747. l'armée impériale quitta Isfahan ; quelques

troupes marchérent premièrement ; &, avec le reste, fa Majesté suivit en personne, par la voie d'Yezd, & de Kerman, pour se rendre dans le Khoraslan.

Voici, cependant, la copie du traité de paix dont nous venons de parler.

par leur

TRAITÉ DE PAIX AVEC LES TURCS.

“ Gloire soit à Dieu, qui a plongé dans le • sommeil les yeux de la commotion, en “ éveillant les cours des monarques ; qui a « fait découler la fontaine de la paix parmi le

genre humain, en arrêtant le cours de la “ rivière de la discorde entre les rois & les

puissans Sultans ; qui a rétabli “ amicable agrément le désordre des affaires “ des fidelles croyans ; qui a dépouillé leurs “ cæurs de tout ressentiment, afin de pouvoir

guérir l'ame blessée de son peuple ; qui a 6 déraciné de leur sein toute haine & ini“ mitié, & leur a ordonné de garder invio“ lablement leurs traités, ainsi que dit le livre

à jamais glorieux,“ O vous qui croyez, gardez Vos conventions!"" Puisse à présent le Très-haut être gra“ cieux envers son prophète Mohammed, dont “ le siége est exalté; envers sa famille & ses

compagnons, & particulièrement ses suc

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