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Nad. 58.

9 Août.

un Vendredi, vingt-un du même mois, un A.D. 1745. courrier de Nasralla Mirza apporta la nouvelle, que le général Abdalla Pacha, qui s'étoit avancé

par

la voie de Diarbecr, avoit premièrement envoyé un de ses officiers à Baban & à Cheherzour, mais que l'entrée de ces villes '. lui avoit été refusée

par

le

gouverneur de Baban, qui, ayant laissé sa famille dans la forteresse de Severdache, & s'étant joint aux chefs des Kiurdes, étoit venu avec eux offrir ses services au prince. Ce messager ajouta que ce général & Ahmed Ardilani avoient afsemblé les Kiurdes de Bilbas, & avec une armée complète marchoient à Moussel ; que le prince, ayant déployé ses bannières, s'étoit avancé pour les combattre ; qu'enfin les deux armées s'étant rencontrées près de Moussel, après un combat furieux les Turcs avoient été défaits, plusieurs d'entre eux tués, ou faits prisonniers ; leur général, avec ceux qui avoient échappé, s'étant sauvé

par

la fuite. Sa Majesté, après avoir rendu grâce au ciel d'une telle victoire, envoya par un prisonnier Turc les lettres du prince au général ennemi. Celui-ci avoit à peine atteint le camp des Turcs au moment que le flambeau de l'univers répand sa première clarté, qu’un horrible bruit & un violent tumulte fut entendu dans ce camp, d'où il sortoit des nuées de poussière. Il fut bientôt découvert que le général, peu

Nad. 59.

A.D. 1745. auparavant fi absolu, avoit été tué, & avoit

rendu l'empire de son existence.

Quand les Turcs se virent fans chefs, & destitués de tous secours, ils prirent la fuite en désordre; mais les Persans, qui les entouroient, tombèrent sur eux, & après en avoir massacré un grand nombre, s'emparèrent des tentes, de l'artillerie, & des chevaux, qui leur restoient.

Quelques troupes furent détachées pour poursuivre les fuyards, lesquelles donnant des, éperons aux coursiers de leur courage, les atteignirent proche d’Arpetchaï, en tuèrent dix ou douze mille & firent cinq mille prisonniers, dans lesquels se trouvèrent plusieurs Pachas & officiers considérables. Sa Majesté, pour consoler en quelque façon l'ennemi d'un si grand revers, mit en liberté plusieurs des prisonniers blessés, ou devenus incapables de servir, dont une partie se rendit à Cars sous la conduite de Giamous Husn Aga, un des principaux des officiers Turcs prisonniers ; quatre mille prirent la route de Tehran, & le reste se retira à Tauris.

Cependant, comme jusqu'alors la Porte avoit paru adverse à la proposition faite au sujet du changement de religion des Persans qui avoient embrassé la fecte de Giafar, są Majesté, après une fi totale défaite, écrivit une lettre d'amitié à l'empereur Turc, &t fit

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partir un courrier pour Constantinople par la A. D. 1745. voie de Bagdad.

Cette lettre portoit en substance, que les tribus de Turcmans qui étoient en Perse seroient forcées de confentir à la conformité de religion ; qu'ainsi il n'y auroit nul sujet d'appréhender une altération dans le nouveau traité; que si les ministres de la Porte acceptoient les conditions relatives à ce point, il y auroit une paix éternelle entre les deux empires, mais que s'ils retardoient, ou refusoient leur confentement, ce feroit une continuelle source de contentions & de fang répandu; qu'elle espéroit donc qu'ils agréeroient tous ces articles, afin d'établir une perpétuelle amitié & concorde entre les deux monarques.

Le vingt-septième du même mois, l'armée impériale quitta la station de Moradpeté, & prit le chemin de Tchoures & de Mahmoudi.

Dans le même temps, trois ambassadeurs distingués vinrent de la part du roi de Khoten, présenter à fa Majesté une lettre, & des dons considérables. Ce roi étoit de la famille de Genghiz Khan, & avoit été élevé au trône de Khoten en même temps que son frère à celui de Khata.

Le motif de son ambassade étoit, l'admiration des victoires de Nader Chah, le désir d'obtenir son amitié; & fa lettre portoit,

15 Août.

Nad. 58.

A.D. 1745.“ Qu'il s'estimoit heureux d'apprendre les

“ fuccès & la prospérité de fa Majesté, & que,

désirant de faire une ferme alliance avec elle, il lui envoyoit trois ambassadeurs,

pour lui offrir autant d'hommes de fes tri“ bus qu'il y en avoit de capables de porter “ les armes ; qu'au furplus, il la prioit d'en

voyer des officiers pour établir les limites “ entre les deux royaumes de Khoten & de Touran, afin qu'il n'y eût à ce sujet ni dis

putes, ni diffentions."

Sa Majesté consentit à cette demande, & promit d'envoyer des commissaires à cet effet à son retour du Khorassan; elle fit de plus une réponse remplie d'amitié au roi de Khoenvoya

neuf chevaux, un cimeterre garni d’or & de pierreries, & d'autres dons précieux : enfin elle congédia ces ambassadeurs avec toutes les marques de bienveillance.

Il a été dit plus haut, qu'Ali Khan étoit parti pour réduire à l'obéissance la tribu d'Yemout en Kharezme : voici quels furent fes succès.

Quand il fut arrivé, Aboul Gagi Khan, & les chefs de plusieurs tribus, lui offrirent leurs services; tandis que ceux de la tribu d'Yemout, s'affociant à une bande de Turcmans, s'assemblèrent près d'Orcange, & attaquèrent les Persans ; mais ces rebelles furent défaits

ten, lui

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les

honteusement, plusieurs tués, ou faits pri- A.D. 1745. sonniers : le reste de cette tribu ne pouvant plus demeurer dans ce territoire, & voyant ses habitations saccagées, se retira au mont Balkhan dans le voisinage d'Asterabad.

Ali Kuli Khan, ayant réglé les affaires de ce district, & donné un gouverneur au Kharezme, retourna en Khorassan, dans le temps que troupes impériales étoient postées en Saoukhbelague.

Après cet événement fa Majesté donna ordre aux chefs de la tribu d'Yemout de lui envoyer mille jeunes gens d'entre eux capables de servir l'état, & leur fit dire, que s'ils refusoient d'obéir, ils eussent à s'attendre à un prompt & sévère châtiment.

Des territoires de Tchoures & de Mahmoudi les victorieuses bannières prirent la voie d'Hamadan, & furent déployées à Ferahan ; de là le prince Nasralla Mirza se rendit en Khoraffan

par

le chemin de Mazenderan & d'Asterabad ; & l'armée royale, tournant ses pas du côté d'Isfahan, arriva à cette im- 28 Décemmortelle cité le quatorzième de Zou'lheggé.

Quand le prince passoit sur les confins d'Afterabad, la tribu d’Yemout, en obéissance au suprême commandement, envoya les troupes qui lui avoient été demandées pour le service de l'empire.

bre.

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