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étaient littéralement couvertes de phylloxéras. La masse compacte et jaune dorée de ces derniers ne laissant pas même apercevoir le ton brun des racines.

M. Bouchard arrive et dit qu'en ce qui concerne les traitements antiphylloxériques pratiqués en Maine-etLoire, il est impossible d'avancer, d'une manière générale, qu'ils n'ont pas réussi ; qu'il en connaît qui ont donné et continuent de donner les meilleurs résultats ; que d'autres commencés, pratiques une fois, et abandondonnés ne peuvent être considérés comme des insuccès; qu'en Anjou, comme ailleurs, les résultats ne peuvent être définitivement appréciés qu'après un nombre suffisant d'applications.

MM. de Boischevalier, Turpault et Adolphe Granry, présentés à la dernière séance, sont admis comme membres de la Société.

L'ordre du jour élant épuisé, la séance est levée à cinq heures.

SÉANCE DU 27 OCTOBRE.

Présidence de M. A. BLAVIER, président.

La séance est ouverte à deux heures et demie.

Le procès-verbal de la dernière séance est lu par M. Deperrière, vice-précident, il est adopté.

M. Blavier donne lecture de sa note sur la visite qu'il a faite des vignes phylloxérées reconstituées, par des cépages américains, au domaine de Clavier, près de La Rochelle.

M. Blavier fait rapidement l'historique de l'invasion phylloxérique en Maine-et-Loire; actuellement que les arrondissements de Baugé et de Segré sont déclarés phylloxérés, le département est entièrement attaqué; aussi il figure teinté en gris clair, sur la carte dressée par le service phylloxérique.

D'après le rapport de la Commission phylloxérique,

qui reconnaît que 166,000 hectares ont été, cette année, reconstitués en plants américains, contre 75,000 traités par les insecticides et 26,000 par la submersion, ilestincontestable que c'est dans la voie de la reconstitution par les plants américains, que nous devons nous diriger. D'autant plus, que les deux derniers modes de défense sont d'une application difficile en Maine-et-Loire; la déclivité de nos coteaux et la nature argileuse et schisteuse de nos terrains empêchent et la submersion et la diffusion du sulfure de carbone.

C'est dans cette voie que l'Aunis et la Saintonge marcheni, et M. Blavier a pu constater les bons effets de la plantation des plants américains, soit comme portegreffes, soit comme producteurs directs, chez M. Gaudet, président du tribunal de commerce de La Rochelle, dans sa visite, faite le 4 octobre dernier, à ce viticulteur distingué.

Ces cépages sont plantés sur un terrain se rapportant à l'oolitbique moyen, constitué par un calcaire mélange de produits ferrugineux. Ces terrains, autrefois fertiles, produisaient des vins qui, distillés, fournissaient les excellentes eaux-de-vie des Charentes, ils sont aujourd'hui cultivés en luzernes, en topinambours, en betteraves.

Leur vue rappelle les cultures des environs d'Alençon, moins les arbres magnifiques qui distinguent cette partie de la Normandie ; cependant, la terre végétale est d'une épaisseur bien moindre que dans celte contrée.

Des cheminées rappellent encore l'industrie si prospère, autrefois, des brûleurs d'eaux-de-vie des Charentes, mais on y distille des vins venant de Nantes et de la Loire-Inférieure.

M. Gaudet s'est courageusement mis à læuvre, et a reconstitué entièrement son vignoble.

Les plants américains forment la base de la reconstitution de ce vignoble ; et des Colomba , des Jurançons et des Fols ont été greffes avec succès sur des riparia ; cependant, comme soixante pour cent seulement des greffes ont réussi, et que chaque greffe coûte 50 centimes, on a renoncé à ce travail, quoique les ceps de vigne soient tous espaces de deux mètres les uns des autres. M. Gaudet a reconnu que, pour les sols peu profonds, les Herbemonts et les Jacquez convenaient mieux comme porte-greffes; el, que sur les terrains plus profonds, i'Othello et le Canada donnent de très bons résultats.

L'Othello, attaqué par le mildiou a subi quatre traitements à l'eau céleste, il s'est trouvé le premier mûr; le Canada et l'Herbemont ne sont parvenus à maturité que quinze jours après.

L'Olhello a bien le goût foxé des vins américains. Le Canada et l'Herbemont l'ont beaucoup moins ; mais, au bout d'un an, leur goût particulier disparaît. Sur ces vignes américaines, M. Blavier a pu constater la présence du phylloxéra, mais N. Gaudel, sans pouvoir fixer, la durée probable de ces cépages, entend bien les défendre par des fumures aux engrais chimiques.

Malheureusement les produits alcooliques obtenus par la distilation de ces vins américains sont loin de valoir ceux obtenus par les anciens cépages français, détruits en deux années, par une marche plus rapide que partout ailleurs.

M. Gaudet reprend donc les anciens cépages français et, profitant de l'expérience acquise par ailleurs, compte les défendre au moyen du sulfure de carbone distribué par des charrues et non par des pals injecteurs.

M. Blavier est d'autant plus convaincu que cette défense est possible, qu'il a vu chez M. le comte de Clermont-Tonnerre, aux environs de Bordeaux, des cépages complètement reconstitués par l'emploi des insecticides. Mais cette méthode ne réussit et n'est pratique qu'à la condition : 1° d'élre exécutée automatiquement par des charrues sulfureuses ; el 2 que ce traitement n'ait lieu que tardivement lors de l'essaimage.

Ces faits viennent confirmer les travaux de N. Balbiani et prouvent que c'est l'essaimage, bien plus que la marche souterraine, qui provoque la rapidité et l'extension de l'invasion

M. Blavier espère donc que, par l'emploi de la charrue sulfureuse, du sulfure de carbone et de la méthode Balbiani, on pourra arriver, gråce aussi à l'emploi des engrais chimiqnes, à conserver, dans notre pays, les excellents cépages tels que le Pineau de la Loire. Nous conserverons ainsi nos vins si appréciés des gourmets.

Mais, comme nous n'avons pas à nous préoccuper en Maine-et-Loire de la distillatiou des vins, il est préférable de songer à employer, pour la reconstitution de nos vignobles, des plants américains.

C'est ainsi qu'il faudra remplacer les vins de grande consommation, comme ceux que fournit par exemple le Gamay, par des producteurs directs signalés par M. Gaudet, laissant de côté le Jacquez dont la maturité est trop tardive.

Dans nos coteaux, le Pineau sera greffé sur Riparia, et il est possible d'obtenir plus de 60 0/0 de réussite, comme l'a obtenu, sur les côtes du Layon, notre secrétaire, M. Bouchard.

Devant les résultats acquis, M. Blavier propose donc à la Société d'émettre un vou à soumettre à l'approbation du Conseil général, pour que l'interdiction mise dans notre département à l'introduction des plants américains soit levée.

A la suite de cette communication, M. Deperrière fait remarquer que si le département figure avec la teinte grise, il n'en est pas moins vrai qu'en de certains cantons, notamment ceux de Chalonnes et de Saint-Georges, si le phylloséra a atteint quelques vignobles, la majeure partie est encore indemne, et que l'apport de plants amé-. ricains donnera au mal plus d'activité ; que, du reste, d'après des observations de l'Administration préfectorale, l'introduction de plants américains porterait préjudice à l'industrie horticole.

M. Blavier ne s'explique pas, à première vue, quelle corrélation existe entre ces deux ordres de faits; qu'il lui semble que la teinte grise signifie que tout apport de plants américains est défendu, mais autorisé quand la teinte est noire. Que, dans les deux cas, la contamination étant officiellement reconnue dans tous les cantons teintés de gris, l'exportation des arbres et arbustes et autres produits de l'horticulture doit être soumise aux mêmes formalités, plus ou moins sévères, mais qui, en

tous cas, ne peuvent empêcher l'exportation horticole de notre département

Néanmoins, M. le Président prie M. Deperrière de s'informer à la Préfecture de la formule exacte de la loi à ce sujet. Cette question sera traitée de nouveau, à la prochaine séance. En tous cas, M Blavier insiste sur ce point que les essaimages viennent de partout, et que c'est bien plus par ce mode de propagation que par le travail souterrain, ou l'importation des plants américains, que l'invasion se fait.

Or, nous ne pouvons rien contre l'essaimage, si ce n'est l'emploi du procédé Balbiani et la sulfuration en temps opportun, en élé, lors de l'éclosion des nymphes, contre l'attaque souterraine.

M. de Capol fait remarquer : 19 que tout plant américain n'est pas nécessairement pbylloxéré, et qu'il existe des méthodes de destruction du phylloxéra, sur ces plants eux-mêmes, au moment de leur importation dans le vigooble.

2° Que la situation des nombreux viliculleurs phylloxérés est tout aussi intéressante que celle de ceux qui ne le sont pas; que l'essaimage constant des vignes contaminées, en Maine-et-Loire, est plus dangereux que l'apport de quelques milliers de plants américains qui ne seront, assurément, dangereux que dans deux ou trois ans ; et que, si le Conseil général a jusqu'à présent résisté aux réclamations d'intéressés nombreux, parmi lesquels figurent les principaux viticulteurs du pays, c'est qu'il veut protéger les viticulteurs contre un engouement et une précipitation qui les entraîneraient à importer des plants américains qui ne seraient pas susceptibles d'être acclimatés ou adaptés à notre sol. Le réveil pourrait être terrible. M. de Capol ajoute que, quoi qu'il en soit de celle excellente intention du Conseil général, il n'en est pas moins vrai que tous les plants américains, qu'on reçoit de départements non phylloxérés sont maigres, chétifs et ne constituent pas des plants vigoureux comme ceux qu'on pourrait oblepir des riches et nombreux vignobles du midi. Bien des échecs en sont résultés.

M. Jamin fait remarquer que le nombre d'hectares

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