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rait encore s'étendre aux femelles, aux poulinières proprement dites; car nul aujourd'hui ne met en doute l'hérédité, ce phénomène important par lequel les individus d'une espèce quelconque lèguent à leur postérité non seulement les propriétés dont ils ont hérité de leurs ancêtres, mais aussi les propriétés individuelles qu'ils ont acquises pendant leur vie. Chacun connaît aussi l'hérédité sexuelle, en vertu de laquelle chaque sexe transmet à sa postérité les caractères sexuels particuliers qu'il ne lègue pas à ses descendants de l'autre sexe.

En conséquence, si la loi est applicable aux étalons, pourquoi ne l'appliquerait-on pas aux poulinières. Le mode d'application serait difficile, on ne pourrait certainement pas l'appliquer à toutes les juments livrées à la reproduction. Mais, dans les concours de poulinières proprement dites, dans les concours hippiques, avant de primer un animal, après s'être prononcé sur ses formes, sur son état constitutionnel, pourquoi ne l'essaierait-on pas comme il est fait pour les étalons et, s'il est reconnu corneur ou fluxion noire, pourquoi lui accorderait-on une prime qu'il mérite par sa beauté mais qu'il perd complètement par la possession de certains vices qu'il transmettra à ses descendants.

DISCOURS

Prononcé par M. BLAVIER, Sénateur et Pré

sident de la Société Industrielle et Agricole de Maine-et-Loire, à la Distribution des récompenses, aux Lauréats du 46° Concours d'animaux reproducteurs.

Messieurs,

Vous avez pu constater une fois de plus, en visitant le 46° concours départemental d'animaux reproducteurs, organisé par les soins de la Société industrielle et agricole de Maine-et-Loire, les progrès considérables fails depuis quelques années par les agriculteurs de notre région dans l'élevage des animaux de boucherie. C'est donc une injustice criante, contre laquelle je proteste hautement en votre nom, d'attribuer à leur imprévoyance, à leur défaut de soins, à leur routine en un mot, la douloureuse situation contre laquelle ils luttent avec tant d'abnégation et de courage. Ils n'ont pas à leur disposition, comme leurs concurrents, ces prairies vierges et sans limites qui, dans le nouveau monde, pour nourrir des troupeaux innombrables de bovidés, ne nécessitent d'autre dépense que celle d'une facile surveillance ?

Ne leur faut-il pas au contraire restituer, par des fumures coûteuses, à un sol que des siècles de culture ont épuisé, les éléments minéraux exportés de la ferme avec les animaux livrés chaque année à la consommation.

Ne doivent-ils pas en outre, sur les produits de ce sol, prélever une part considérable pour acquitter les lourds impôts qui ne suffisent plus à équilibrer le formidable budget des dépenses annuelles de l'Etat, des départements et des communes.

Pour la production du blé, par suite de l'extrême morcellement de la propriété en France, nos agriculteurs ne peuvent utiliser ces puissantes machines mues par la vapeur, qui réduisent à si peu de chose les frais de culture dans le Far West américain. Ils sont obligés de recourir au travail manuel des journaliers dont le salaire ne peut se comparer à la minime rétribution qui suffit au laboureur indien.

L'Amérique et l'Inde sont bien loin de nous, sans doute ; mais, qu'importe la distance si, par les progrès réalisés dans les transports maritimes, l'hectolitre de céréales traverse l'Atlantique ou l'Océan indien et la Méditerranée à moindres frais que la France seulement sur nos rails?

Dans ces conditions de lutte aussi inégales que nul ne saurait sérieusement contester, l'agriculture nationale est destinée à succomber fatalement, si les pouvoirs publiques ne lui accordent pas la protection qu'elle réclame avec instance contre l'envahissement des produits étrangers.

Le parlement était entré dans celte voie l'an dernier; mais, bien malheureusement, il n'a pas consenti cette année à compléter son æuvre : aussi déjà les télé

rammes d'Amérique signalent-ils d'énormes expéditions de blé pour le continent, expéditions qui ne peuvent manquer d'arrêter le léger relèvement des cours, produit par l'annonce d'une médiocre récolte en France.

C'est encore pour nos courageuses populations rurales une année de souffrances à ajouter à tant d'autres; mais semblable situation ne saurait durer plus longtemps !

Le gouvernement comprendra enfin qu'une crise agricole, aussi intense et aussi prolongée que celle qui sévit en

France, est une des causes principales de la détresse de nos grandes industries nationales, ce qui leur manque, ce ne sont pas en effet les débouchés extérieurs; il suffit, pour s'en convaincre, de jeler les yeux sur l'état des exportations des produits fabriqués pendant les dix dernières années; mais elles souffrent toules plus ou moins de la diminution sensible de consommation des 20 millions d'habitants français dont les moyens d'existence dépendent du travail agricole.

Cette diminution s'accuse d'une façon indiscutable, par l'importante réduction du trafic des marchandises sur nos chemins de fer et par la décroissance potable, depuis deux ans, du produit des impôts de consommation populaire, le vin et le tabac.

Je suis donc assuré, messieurs, d'être votre fidèle interprète en demandant que, sans plus de retard, un remède énergique soit apporté aux souffrances des agriculteurs, dont vous êtes les représentants autorisés.

Ce remède ne peut être qu'une protection efficace contre la concurrence ruineuse des producteurs étrangers.

Toutes autres solutions, comme l'organisation d'un crédit agricole, la diffusion de la science agronomique, si dignes d'attention qu'elles soient, ne répondent pas au but immédiat à atteindre. Vous pouvez compter sur moi pour défendre vos intérêts dans cet ordre d'idées et dans la mesure de mes forces.

Avant la proclamation des noms des lauréats du concours, je vous signalerai deux innovations intéressantes apportées par la Société industrielle et agricole dans le cadre de son programme.

Suivant l'exemple qui nous était donné par un certain nombre de comices cantonaux, nous avons cru qu'il était utile de récompenser les vieux serviteurs de l'agriculture, ces hommes dévoués et travailleurs qui ont résolu de la façon la plus simple le fameux problème social, en se déclararit satisfaits de leur sort dans la position modeste où la Providence les a placés.

Nous avons, d'autre part, conformément aux instructions ministérielles, organisé des expériences pratiques, pour faire connaître l'emploi de la charrue sulfureuse imaginée par un membre de notre compagnie qui, à la tête d'un grand vignoble des coteaux du Layon, s'ingénie à rechercher les moyens de diminuer les frais de dépense nécessités par la lutte contre tous les parasites végétaux, l'oïdium, le mildew qui, chaque année, envaliissent les vignes et compromettent la seule de nos récoltes qui soit en ce moment rénumératrice pour l'agriculture. Vous n'ignorez pas d'ailleurs, messieurs, combien cette source de richesse qui nous reste encore est menacée par le fléau américain, qui atteint nos vignes après avoir semé tant de ruines dans le Midi de la France. Puisse notre honorable secrétaire nous aider à combattre efficacement ce nouvel ennemi de la vigne, plus terrible que tous les autres, en nous faisant profiter de l'expérience acquise par vingt années de travaux et de lutte. C'est son rôle d'adversaire officiel du phylloxéra; le Conseil général a généreusement mis à sa disposition les armes nécessaires; il ne faillira pas à cette mission de confiance, j'en ai le ferme espoir.

Vous pourrez, messieurs, assister aux expériences de la charrue sulfureuse de MM. Oger et Gasté, qui sera mise en action dans la grande avenue du Mail, après la distribution des récompenses. et vous vous associerez aux remerciements que j'adresse au nom de la Société industrielle et agricole de Maine-et-Loire, à ceux de nos honorables collègues qui ont bien voulu nous accorder cette année leur précieux concours comme membres des jurys de classement des animaux primés.

Après ce discours accueilli par les applaudissements de l'assemblée, M. le secrétaire Bouchard a donné lecture de la liste des lauréats.

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